Il n’y a pas qu’en France que souffle un vent de changement. En France, le succès des primaires socialistes et les espoirs que les sondages donnent à la gauche pour la prochaine présidentielle tiennent beaucoup au fait que Nicolas Sarkozy a déçu ou choqué un grand nombre d’électeurs de son propre camp qui, pour l’heure en tout cas, ne veulent plus entendre parler de lui.

Il y a quelque chose de très particulier, une forte dimension personnelle, dans l’équation française, mais il n’y a pas qu’en France que la donne politique se modifie. La droite allemande perd lentement mais sûrement pied. Le Danemark vient de passer à gauche. La droite italienne se délite. Après ceux d’Europe et d’Israël, le mouvement des indignés américains se répand à travers les Etats-Unis, rallie plusieurs syndicats et a suffisamment de résonnance dans l’opinion pour que Barack Obama et son vice-président, Joe Biden, l’aient tous deux légitimé en déclarant l’un qu’il exprimait « une suspicion plus largement partagée envers la manière dont fonctionne le système financier » et l’autre que les « Américains ne pensent pas que le système soit juste ».

Plus significativement encore, Barack Obama a choisi d’axer toute sa campagne de 2012 sur la redistribution par l’impôt en proposant d’imposer plus lourdement les plus riches et les grandes entreprises afin de pouvoir investir dans l’éducation et la lutte contre le chômage. Même dans des pays comme la Grèce et l’Espagne où la gauche au pouvoir est en perte de vitesse, elle l’est essentiellement parce qu’elle a imposé une rigueur budgétaire drastique. Sans même parler de la multiplication des conflits sociaux en Chine et du printemps arabe dont l’essor avait été précipité par les politiques de libéralisation économique lancées par les régimes en place, une air de fronde politique et sociale se fait un peu partout entendre mais pourquoi ?

Au-delà des particularités nationales ou régionales, la raison fondamentale en est que les opinions publiques s’insurgent aujourd’hui contre ce qui avait été les dogmes des trois dernières décennies. Depuis la fin des années 70 et les élections de Margaret Thatcher en Grande-Bretagne et de Ronald Reagan aux Etats-Unis, l’idéologie dominante était que plus les riches étaient riches mieux chacun se portait, que l’Etat n’était pas la solution mais le problème, que l’impôt tuait l’impôt en réduisant la croissance et que la main invisible des marchés était là pour réguler une économie dont les réglementations publiques ne faisaient qu’entraver le développement.

Or non seulement le triomphe de ce néo-libéralisme a créé des inégalités sociales devenues insupportables et appauvri les classes moyennes mais il a mis le monde au bord de la faillite en 2008. Le monde rejette le néo-libéralisme. Le monde est à nouveau en quête de puissances publiques organisant le long-terme et assurant la justice et la protection sociales. Les citoyens veulent que l’Etat, bras armé du suffrage universel, vienne tempérer la loi de la jungle et cette aspiration redonne une modernité au keynésianisme et aux valeurs de gauches de moins en moins considérées comme archaïques. Plus que des moments électoraux, c’est un changement d’époque.

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