C’était l’utopie par excellence, l’idée considérée comme irréalisable lorsqu’elle avait été lancée par les altermondialistes mais cette idée devient désormais réalité. Onze pays de l’Union européenne, dont la France et l’Allemagne qui ont repris là leur rôle de locomotives de l’Union, ont décidé hier d’imposer une taxe sur les transactions financières dans le cadre d’une « coopération renforcée », procédure qui permet à neuf Etats membres ou plus d’aller plus loin plus vite que l’ensemble des 27.

Cela constitue une révolution pour plusieurs raisons.

La première est que cette taxe constituera le premier impôt européen, non pas perçu par des Etats nationaux mais par une partie significative de l’Union qui s’affirme ainsi en puissance publique commune sur le plus sensible et symbolique des terrains : celui de la fiscalité.

La deuxième est que cette coopération renforcée est de loin la plus importante qui ait jamais été introduite dans l’Union puisqu’elle crée un précédent, particulièrement marquant car il est totalement innovant, d’harmonisation fiscale, l’un des plus pressants besoins de l’Europe.

La troisième raison pour laquelle l’introduction de cette taxe est révolutionnaire est qu’elle va s’appliquer aux banques et institutions financières, qu’elle sera donc, à n’en pas douter, populaire et s’inscrit surtout dans une volonté de retour des Etats qui, partout dans le monde, avaient abdiqué une large partie de leurs pouvoirs depuis les années 80 en déréglementant les marchés.

Comme on pouvait le prévoir depuis le krach de Wall Street, le vent tourne aujourd’hui. Les dogmes libéraux sont tellement battus en brèche que le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, non pas un socialiste mais un conservateur, déplorait lundi que son pays et tant d’autres aient longtemps « nagé dans le même sens » en adhérant aux idées de dérégulation des marchés et appelait à leur encadrement en expliquant qu’ils ne pouvaient pas fonctionner s’ils étaient « totalement exempts de règles et de frontières ».

Tout le monde ne dit pas encore cela en Europe mais cela s’y dit dans la France socialiste comme dans l’Allemagne démocrate-chrétienne, dans onze pays au moins , beaucoup plus en fait, et jusque dans des Etats sortis du bloc soviétique et, il y a encore peu, défenseurs du libéralisme le plus orthodoxe.

Fondamentale, cette évolution est même si marquée que la Grande-Bretagne parait maintenant renoncer à la combattre puisqu’elle n’entend pas s’opposer à cette coopération renforcée sur les transactions financières, qu’elle va laisser faire et va, désormais, jusqu’à proposer que l’Union ait demain deux budgets séparés, celui de la zone euro et celui des 27. Mois après mois, le bastion libéral qu’est la Grande-Bretagne se retire toujours plus de l’Union, semblant vouloir rester dans le marché unique mais laisser vogue la zone euro vers un resserrement de ses liens économiques et politiques.

Tout parait dire qu’on va vers deux Europe, la grande et la zone euro en son sein, et il est bien possible que cette idée des deux budgets prenne bientôt corps.

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