La matinale d’Inter sera demain à Bruxelles. Ce sera l’occasion de faire le point sur les perspectives d’évolution qui pourraient, maintenant, s’ouvrir à l’Union mais avant l’avenir, il y a le présent et il n’est guère brillant.

La réalité présente est que l’Union est devenue tellement impopulaire que l’objectif même d’unité de l’Europe le devient aussi. Alors même que les Européens auraient plus que jamais besoin de serrer les rangs pour se réindustrialiser, créer des emplois, se doter d’une Défense commune et peser dans le monde, l’idée d’en revenir aux frontières et aux devises nationales apparaît de moins en moins folle et séduit, intéresse en tout cas, de plus en plus de gens, toujours minoritaires mais de moins en moins marginaux. Aussi inquiétante qu’elle soit, il ne suffit pas de déplorer cette réalité. Il faut aussi en comprendre et en dire les raisons qui sont nombreuses et nullement irrationnelles.

La première est que l’Union a désormais des politiques communes dont chacun de ses citoyens peut ressentir les effets dans sa vie quotidienne. L’Union veille aujourd’hui au plafonnement de l’endettement et des déficits budgétaires de ses Etats membres, à une réduction des dépenses et des emprunts qui a des répercussions tout à fait concrètes sur les niveaux de vie et de protection sociale.

Que ces politiques soient ou non justifiées, trop rigoureuses ou pas, bien ou mal conduites, le fait est que l’Union en est assimilée à des mesures de rigueur ou d’austérité qui n’ont jamais rien d’aimable et ne sont donc pas aimées. C’est la première raison de ce désamour et la deuxième est que les Européens se demandent qui est l’Union, qui est l’Europe, qui est « Bruxelles » comme on dit pour leur imposer des politiques qu’ils n’ont pas choisies en choisissant leurs dirigeants.

La réponse n’a rien de mystérieux. Ceux qui décident en Europe et qui ont donné mandat aux fonctionnaires de la Commission d’appliquer leurs décisions sont tout simplement les dirigeants nationaux des 28 pays membres. Il n’y a pas de dictature de l’Europe. Il n’y a que des décisions communes de dirigeants démocratiquement élus – le président français, la chancelière allemande et 26 Premiers ministres. Réunis en Conseil européen, c’est eux qui constituent le gouvernement de l’Europe mais le problème est précisément que leurs décisions étant collectives et adoptées à l’issue de longues et obscures tractations, on ne peut que difficilement savoir à qui en demander compte.

Le responsable, c’est le Conseil mais ce Conseil n’étant pas une personne mais 28 venues de 28 capitales, on ne peut pas le renvoyer dans l’opposition. C’est en ce sens qu’il n’y a pas vraie démocratie en Europe, troisième raison du rejet de l’Union, mais cette démocratie européenne, il n’y en aura pas tant que l’Europe n’aura pas de dirigeants élus par l’ensemble des électeurs européens.

Les institutions européennes sont totalement obsolètes. C’est la quatrième raison du divorce entre l’Europe et les Européens mais ce divorce est devenu si profond que les électorats répondraient « non » à tout nouveau projet de traité. C’est là que le blocage devient sérieux, que le serpent se mord la queue.

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