Ce sont des chiffres qui pourraient changer bien des choses en Europe. Publiées hier, les nouvelles prévisions des quatre grands instituts de conjoncture allemands tablent désormais sur un recul de la croissance dans la première économie de l’Union avec des progressions du PIB de 1,3% en 2014 et de 1,2% en 2015 alors même que ces instituts annonçaient encore, en avril dernier, des pourcentages de 1,9% et de 2% pour ces mêmes années.

Ces prévisions font suite à une série d'indicateurs marquant un recul de la production industrielle, des importations, des exportations et des commandes à l’industrie. Comme le craignaient beaucoup d’économistes, l’économie allemande marque le pas en raison de la faiblesse de ses investissements, des incertitudes géopolitiques et de la faiblesse, surtout, de la croissance dans le reste de la zone euro, premier partenaire économique de l’Allemagne.

La conclusion commune des quatre instituts est que le gouvernement fédéral « n’utilise pas assez ses marges de manœuvre financières à des fins d’investissements » et que Berlin « devrait augmenter les dépenses publiques dans les domaines qui ont un potentiel de croissance ». Très écoutés en Allemagne, ces instituts se rangent ainsi à l’avis du FMI, de la Banque mondiale, des Etats-Unis, de la France, de l’Italie, de beaucoup d’autres des pays de l’Union et de la plupart des économistes européens et américains qui tous appellent depuis de longs mois Mme Merkel à profiter de son équilibre budgétaire pour relancer l’économie allemande afin de relancer celle de l’Union et de consolider par là la croissance en Allemagne, dans le reste de l’Europe et dans l’ensemble du monde.

Avent même la publication de ces chiffres, le patronat, la gauche et les syndicats allemands s’étaient prononcés en ce sens dans un débat montant dans le pays et qu’avait enflammé, début septembre, une enquête du Spiegel sur le vieillissement des infrastructures de la République fédérale et les problèmes qu’il commençait à poser à son économie.

Très attachée au rétablissement de l’équilibre budgétaire allemand qui est sa grande fierté, très hostile aussi à toute idée de relance des dépenses publiques dans l’Union ou même de ralentissement de leur réduction, la chancelière avait jusqu’à présent opposé une fin de non recevoir à tous ces appels mais les lignes, forcément, vont maintenant commencer à bouger à Berlin.

Dès hier, la chancelière a soudain déclaré que son gouvernement étudiait les moyens de stimuler l’investissement et, si timide qu’il demeure, ce début d’évolution renforce la position de la France qui explique contre vents et marées qu’il serait formidablement dangereux, pour elle comme pour l’ensemble de l’Union, de trop vite baisser les dépense publiques à un moment où le FMI s’inquiète de « sérieux risques » de récession dans la zone euro.

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