François Hollande « se pose encore la question » de savoir s’il doit ou non recevoir Vladimir Poutine lors de sa venue à Paris, mercredi de la semaine prochaine...

Il le dit dans une interview que la chaîne TMC devrait diffuser aujourd’hui. Il le dit en prévenant le président russe qu’il aurait alors à lui dire que le bombardement d’Alep constitue un « crime de guerre ».

Il le dit pour décourager Vladimir Poutine de venir inaugurer, à la Fondation Vuitton, l’exposition des œuvres réunies au début du siècle dernier par un grand collectionneur russe mais, puisqu’un chroniqueur n’est nullement tenu à la même retenue qu’un chef d’Etat, disons clairement, nettement, sans la moindre ambiguïté, qu’il n’est, non, pas du tout souhaitable que cette visite ait lieu.

Même en visite privée, la France ne peut pas recevoir l’homme qui prête la main à Bachar al-Assad dans l’assassinat de son peuple. Elle ne peut pas accueillir le président d’un pays qui vient d’opposer, samedi, son veto au projet de résolution sur l’arrêt du bombardement d’Alep qu’elle avait présenté devant le Conseil de sécurité. Elle ne le peut pas car, dès lors qu’elle reçoit un chef d’Etat d’étranger, elle se doit de le faire avec une courtoisie que rien ne justifierait en l’occurrence.

Cela ne signifie pas qu'il faille rompre les ponts avec la Russie.

Il faut les maintenir ouverts et ils le sont. La France et la Russie ont des ambassades dans leurs capitales respectives. Leurs diplomates sont en contact permanent, partout et tout le temps. Leurs dirigeants peuvent se parler au téléphone et le font régulièrement. C’est très bien ainsi. C’est évidemment nécessaire puisque la Russie est historiquement un ami de la France et pas seulement un pays qui compte sur la scène internationale.

La France se doit, bien sûr, de maintenir d’étroites relations avec elle car, dans des jours meilleurs, un long passé commun portera Paris et Moscou à se faire l’avant-garde de l’indispensable organisation d’une complémentarité économique entre les deux piliers du continent Europe que sont l’Union européenne et la Fédération de Russie.

Il n’est, non, pas question de rompre avec la Russie et c’est précisément pour cela qu’il faut éviter que son président vienne en ce moment à Paris car il est inutile de lui faire l’affront de l’y accueillir sans le recevoir à l’Elysée et de l’y recevoir pour lui rappeler une position de la France que le président de la République ne pourrait lui exprimer qu’en termes plutôt carrés.

Il faut préserver l’avenir et Vladimir Poutine serait donc bien avisé de ne pas mettre François Hollande dans l’obligation de lui dire face-à-face, directement, que sa politique syrienne est inqualifiable, qu’on ne peut pas tester et s’en vanter de nouvelles armes sur une population sans défense, qu’on ne peut pas se comporter en terroriste au nom de la lutte contre le terrorisme et ne peut pas non plus accroître, par ces bombardements, le flux de réfugiés auquel le Proche-Orient et l’Europe ont déjà tant de mal à faire face. Désolé d’avoir à vous le dire, M. Poutine, mais vous n’êtes pas le bienvenu, peinture ou pas.

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