Contre l'avis des Européens, de la Chine et de la Russie, Donald Trump entend briser le compromis nucléaire passé avec l'Iran

L’homme est imprévisible et peut changer d’avis. On ne sait pas, mais le plus probable est que demain mercredi ou jeudi, avant le 15 octobre en tout cas, Donald Trump informe le Congrès qu’il ne certifie pas que l’Iran se conforme aux dispositions du compromis nucléaire passé avec les grandes puissances en juillet 2015.

Si tel était bien le cas, cela ne signifierait pas automatiquement que les Etats-Unis se retirent de ce traité. Ce serait au Congrès de décider s’il veut aller jusque-là en rétablissant des sanctions économiques contre Téhéran mais, quoi que fassent les élus, une situation totalement nouvelle s’ouvrirait alors sur la scène internationale.

Avec un Congrès devant prendre ses responsabilités dans les six mois qui suivront, on aurait d’un côté la Maison-Blanche poussant en faveur de la rupture de cet accord que Donald Trump considère être le plus mauvais que les Etats-Unis aient jamais signé et, de l’autre, la Chine, la Russie, l’Iran et l’Union européenne en la personne de la France, de l’Allemagne et de la Grande-Bretagne qui plaideront pour son maintien.

Ce serait du jamais vu. De fait et du moins sur ce dossier-là, ce serait une complète rupture des alliances structurant le monde depuis la fin de la Deuxième guerre mondiale car en dehors de Donald Trump et des deux principaux adversaires des Iraniens que sont les Saoudiens et les Israéliens, personne ne souhaite la rupture de ce compromis aux termes duquel l’Iran a provisoirement renoncé à se doter de l’arme nucléaire en échange de la levée des sanctions économiques qui le frappaient.

Alors, question, pourquoi Donald Trump se lance-t-il dans cette aventure ?

Ce n’est pas clair. Peut-être veut-il ainsi resceller les liens avec l’Arabie saoudite que l’administration Obama avait considérablement ébranlés. Peut-être veut-il tout simplement se montrer plus musclé que son prédécesseur dont l’accord iranien est le grand legs. Peut-être encore a-t-il passé un deal avec la droite israélienne au pouvoir qui lui aurait promis une relance des négociations de paix avec les Palestiniens en échange de l’enterrement du compromis iranien.

Ce n’est pas clair. On ne sait pas vraiment mais la certitude est que l’aile la plus dure du régime iranien, va se saisir de cela pour mettre en accusation le chef de l’Etat, le modéré Hassan Rohani, et appeler l’appareil religieux à hausser le ton contre les Etats-Unis, militairement parlant, et que les Européens, avec les Russes et les Chinois, tenteront de tout faire pour sauver l’accord de 2015.

S’ils échouent, si le Congrès préfère suivre Donald Trump qu’entendre leurs mises en garde, il faudra choisir entre deux options également catastrophiques : laisser l’Iran se doter de la bombe ou aller bombarder ses installations nucléaires. Sous quelques jours, le monde peut devenir encore plus dangereux qu’il ne l’est déjà.

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