Les électeurs brésiliens qui ont assuré le succès de l’extrême-droite citent la corruption en tête de leurs motivations. Partout, la corruption mine la confiance des citoyens dans le système et ceux qui les gouvernent. Comment y mettre fin ?

Manifestation contre la corruption du parti social-démocrate au pouvoir, en août dernier à Bucarest, en Roumanie.
Manifestation contre la corruption du parti social-démocrate au pouvoir, en août dernier à Bucarest, en Roumanie. © AFP / Daniel MIHAILESCU / AFP

Quel est le point commun entre le vote des Brésiliens pour l’extrême droite, les assassinats de journalistes en Europe, l’arrestation du patron d’Interpol en Chine ? C’est la corruption, fléau mondial, dont l’impact est avant tout politique.

Le phénomène n’est ni nouveau, ni propre à un système politique ou une partie du monde. Personne ne l’a mieux dit que Machiavel au XVI° siècle : « le pouvoir corrompt, le pouvoir absolu corrompt absolument ». C’était avant la mondialisation, en particulier financière, qui n’a fait que décupler les possibilités de s’enrichir illégalement pour qui disposait des moyens et du savoir-faire.

Toute l’organisation de nos sociétés depuis des siècles vise à tempérer ce penchant humain à l’accaparement, en introduisant des garde-fous, des contrôles, des mécanismes de surveillance et de transparence. Des progrès ont été accomplis, mais jamais suffisants : le zéro corruption n’existe nulle part.

Dans les périodes de crise, elle est véritablement insupportable aux yeux des gens auxquels on demande des sacrifices ; elle mine la confiance dans le système, ses institutions, ses dirigeants. 

Le cas du Brésil est exemplaire : le pays a connu une période de croissance spectaculaire pendant laquelle l’argent a coulé à flots. L’euphorie terminée, les affaires ont commencé à faire surface, éclaboussant toute la classe politique.

Les électeurs brésiliens qui ont porté largement en tête le candidat d’extrême droite, Jair Bolsonaro, citent deux motivations : la corruption et l’insécurité. L’écœurement des citoyens profite au candidat de l’ordre, au mythe de l’« homme fort » capable de nettoyer les écuries d’Augias.

Autre latitude, autre système politique, en Chine, l’ancien Président Jiang Zemin l’avait exprimé brutalement : « si nous ne réglons pas la question de la corruption, le parti communiste perdra le pouvoir », avait-il dit. 

L’actuel Président, Xi Jinping, a lancé une campagne contre la corruption, sans toutefois convaincre que ses victimes ne sont pas seulement ses rivaux. Ses dernières cibles : le Président chinois d’Interpol, arrêté sans ménagement, ou la star de cinéma Fan Bingbing qui a « disparu » trois mois avant de réapparaître en payant une amende colossale.

Transparency International, une ONG spécialisée dans la lutte contre la corruption, fait des propositions institutionnelles aux Etats pour limiter le risque de corruption. 

Mais c’est toute la société qui est en jeu, du rôle des lanceurs d’alerte à l’exemplarité des dirigeants, jusqu’aux journalistes d’investigation qui payent le prix fort de leur travail : au moins trois meurtres ces derniers mois dans des pays européens, Malte, Slovaquie et Bulgarie.

Plutôt que de se jeter dans les bras de pouvoirs autoritaires qui s’empresseront d’appliquer l’adage de Machiavel, c’est dans les sociétés ouvertes que se trouve plus sûrement la réponse. Plus de transparence, plus d’institutions fortes, plus de presse libre et vigoureuse. Ce n’est hélas pas dans l’air du temps.

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