Ca n’a pas tenu. Il n’a pas fallu trois ans pour que la coalition entre la droite et l’extrême-droite autrichiennes éclate, hier, pour la bonne raison que ce mariage était non seulement honteux mais également impossible, aussi intenable, en réalité, pour la droite que pour l’extrême-droite et l’Autriche. L’Autriche s’en était trouvée mise au ban de l’Europe, non pas sanctionnée par l’Union mais mise à l’écart, montrée du doigt par ses quatorze partenaires qui ne voulaient tout simplement pas avoir de rapports autres qu’indispensables avec un tel gouvernement. Et pour cause. Ce n’était pas un parti venu de l’extrême-droite, comme les anciens fascistes italiens, que les conservateurs autrichiens venaient de faire accéder au pouvoir. C’était un parti, le FPÖ, dont le jeune président, Jörg Haider, trouvait des mérites au nazisme, le disait, le répétait, enfonçait le clou, était revenu à l’extrême-droite et avait, ainsi, raflé 27% des voix. Le pire est que les conservateurs auraient parfaitement pu former une majorité avec les socialistes mais que leur chef de file, Wolfgang Schüssel, aujourd’hui chancelier sortant, avait délibérément préféré s’allier à l’extrême-droite afin de pouvoir diriger le gouvernement dont il avait seulement prié Jörg Haider de se tenir à l’écart. C’est ce qui a provoqué sa chute car Jörg Haider n’était pas homme à se laisser snober. Puisqu’on ne voulait pas de lui dans un ministère, seulement les voix qu’il avait drainées, il s’était retiré en Carinthie, sa province, avait même démissionné de la présidence de son parti, était entré dans l’opposition tout en restant au pouvoir. Wolfgang Schüssel avait cru pouvoir respirer. Les Européens avaient bientôt rétabli des relations normales avec l’Autriche. Ce n’était que le début de l’enfer pour le chancelier. Tandis que les ministres du FPÖ devenaient ministres, géraient à droite mais non pas à l’extrême-droite, géraient plutôt mal, sans arriver à introduire les réformes libérales dont la coalition avait fait son programme, Jörg Haider, de mois en mois, décochaient, lui, ses flèches, contre ses propres ministres et le chancelier. Un jour, il allait embrasser son ami Saddam Hussein à Bagdad, histoire de mettre tout le monde dans l’embarras. L’autre, il menaçait de bloquer l’entrée des Tchèques dans l’Union s’ils ne fermaient pas une centrale nucléaire à la frontière autrichienne. Le troisième, il laissait l’un de ses lieutenants expliquer que la Libération avait été une occupation pour l’Autriche. Jörg Haider faisait tout pour rester sur le devant de la scène et d’élections municipales en élections régionales, son parti ne faisait que reculer jusque dans ses bastions, tant le FPÖ était évidemment écartelé entre les provocations politiques et les responsabilités gouvernementales, le beurre et l’argent du beurre. L’ultime coup d’éclat fut le bon. Malgré les inondations dont l’Autriche a été victime cet été, Jörg Haider s’est opposé au report d’une baisse d’impôts et harcelaient ses ministres, coupables de s’y tenir. Trop, c’était trop. Les ministres FPÖ ont démissionné. Le parti est scindé, la coalition morte. Comme en Allemagne, les sondages donnent une majorité aux socialistes et aux Verts.

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