Tout était fondé dans ce qu’il exigeait pour dire « oui », ou ne pas dire « non ». Rien n’était infondé mais quel rapport avec la constitution ? Il faut, disait Laurent Fabius, « une nouvelle politique, au plein européen, en matière d’emploi ». Il la faut en effet - les statistiques du chômage ne le prouvent que trop -et cette politique est bel et bien à définir de concert entre tous les pays européens car ce serait la condition, pas suffisante mais nécessaire, de son succès. On ne pouvait, donc, que l’approuver sur ce point mais s’il souhaite que cela soit fait, impulsé au moins, dès maintenant, c’est que rien dans les institutions européennes, ni présente ni, moins encore, futures, ne l’empêcherait. Le problème est politique, pas institutionnel. On ne voit en conséquence pas pourquoi Laurent Fabius voudrait lier cette bataille au sort de la Constitution plutôt que de faire des propositions en matière d’emploi et de commencer à les promouvoir dans toute l’Europe. Il faut, disait-il en deuxième lieu, que « la France arrive à convaincre ses partenaires de réformer le pacte de stabilité afin de coordonner, pour l’emploi, l’action de l’Europe ». C’est toujours vrai mais si vrai que la France et l’Allemagne ont engagé cette bataille depuis près d’un an et qu’elle commence enfin, peut-être, à porter ses fruits. Il faudrait y mettre encore plus d’énergie ? Oui, certainement, bien sûr, mais ce Pacte de stabilité concerne les pays de l’euro, pas tous les pays de l’Union, et n’a rien à voir avec les changements apportés par le projet de Constitution dont on ne voit pas, là non plus, pourquoi l’ancien Premier ministre le menace d’un « non ». Il faut, disait-il, en troisième lieu, que la France renonce à vouloir réduire le budget de l’Europe. Oui. La simple logique voudrait qu’il soit, au contraire augmenté mais, outre que Jacques Chirac n’est pas seul à le refuser, quel rapport, là encore, avec la Constitution qui n’empêche en rien les Etats membres d’augmenter leurs dépenses communes ? On ne le comprend pas. Il faut, disait-il en quatrième lieu, que l’Union procède à une harmonisation fiscale afin que les délocalisations en son sein ne soit plus aussi tentantes. C’est, en effet, une urgence mais la gauche et la droite françaises sont tellement d’accord là-dessus que tous les gouvernements de la France plaident cette nécessité depuis des lustres. S’ils n’arrivent pas à l’emporter ce n’est pas à cause de la Constitution, pas même à cause de la règle de l’unanimité en ce domaine, mais parce qu’il n’y a pas même de majorité pour cela en Europe et un rejet de la Constitution n’y changerait rien. Pourquoi alors etc. ? Il faut, disait-il en dernier lieu, une directive, une loi européenne, garantissant vraiment les services publics, reconnus, a-t-il d’ailleurs admis, par la Constitution. Cela ne ferait aucun mal, c’est vrai, mais encore une fois, quel rapport avec ce projet constitutionnel ? Alors ? Force est de penser alors que Laurent Fabius a bien mal habillé, hier, un « non » auquel il n’a donné aucune vraie raison, un « non » que seul fonde sa volonté d’être le prochain candidat présidentiel de la gauche.

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