Six ans, demain, après les attentats du 11 septembre, il y a toujours un terrain vague au cœur de Wall Street. La reconstruction n’a pas commencé et cette difficulté à jeter de nouvelles fondations ne symbolise que trop la perplexité de l’Occident devant ce terrorisme islamiste qu’il ne comprend pas. On le dit aveugle mais rien n’est plus faux. Lorsque Al Qaëda envoie ses kamikazes contre les tours jumelles, l’objectif est d’affoler les Etats-Unis d’effroi et Oussama Ben Laden peut aujourd’hui constater, dans son adresse de vendredi dernier, que ces « 19 jeunes gens » ont effectivement « dévié la boussole » de l’Amérique, lui ont si bien, en vérité, fait perdre la boussole qu’elle est allé s’embourber en Irak où elle a, ajoute-t-il de sa voix de chattemite, « perdu son prestige, épuisé ses finances et aggravé sa réputation ». « Objectif atteint », vient, en un mot, de proclamer ben Laden dont les autres buts sont tout aussi réfléchis. Quand ses partisans frappent en pays musulmans, ils veulent acculer leurs régimes soit à une répression si féroce qu’elle lèvera d’autres volontaires pour le jihad soit à des réformes trop longtemps différées pour ne pas créer un appel d’air qui les emporterait. Quand ils frappent en Europe, ils veulent à la fois éloigner les deux rives de l’Atlantique, dissocier l’Occident, et créer un antagonisme entre les populations européennes et les musulmans de l’Union afin d’y faire de nouvelles recrues. Ce terrorisme est tout sauf aveugle et toutes ses cibles, américaines, européennes et musulmanes, s’inscrivent dans une stratégie globale dont Ben Laden vient aussi de rappeler le fondement en comparant « l’arrogance » de Brejnev devant l’échec de son intervention en Afghanistan à celle de Bush devant la faillite irakienne. Pour les djihadistes, c’est l’afflux de volontaires musulmans, venus de tous les pays de l’Islam combattre l’Armée Rouge dans les montagnes afghanes, qui a non seulement fait plier bagages à l’URSS mais qui l’a fait aussi imploser. Il y a une lecture islamiste de l’histoire contemporaine qui dit que l’unité de la vraie foi a déjà eu raison d’une des deux superpuissances, que rien n’interdit l’espoir de faire mordre la poussière à la seconde, l’Amérique et que ce grand combat est en bonne voie d’être gagnée – regardez l’Irak, voyez les volontaires et les réseaux qui se multiplient, partout de par le monde. Cela, c’est le vieux fond, très présent dans cette adresse de Ben Laden au peuple américain, mais qu’il a désormais actualisé. Ben Laden a maintenant intégré à son discours la sensibilité montante aux questions climatiques et le poids des traites immobilières sur les foyers américains – tout ce qu’il décrit comme les maux de la démocratie, oui de la démocratie car dès lors, explique-t-il, que les lois sont faites par les hommes et non plus par Dieu, elles favorisent les plus forts contre les plus faibles, les plus riches contre les plus pauvres, les grandes sociétés, dit-il, contre le « genre humain ». Il paraît se croire si fort que, six ans après le 11 septembre, c’est en leader de la révolution mondiale qu’il se pose.

L'équipe
Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.