Huit mille hommes en moins pour l’Irak sous cinq mois et 4500 de plus pour l’Afghanistan. C’est l’annonce faite, hier, par Georges Bush et cette décision marque la nouvelle hiérarchie des préoccupations américaines. Tandis que la situation s’améliore en Irak où les Etats-Unis ont finalement su se rapprocher des sunnites et les éloigner ainsi des réseaux d’al Qaëda, les choses se détériorent en Afghanistan. Le niveau de violences n’y a jamais été aussi grand depuis que les Américains, avec l’aval de l’Onu, y ont renversé le régime taliban il y a six ans. Les taliban ont repris leur emprise sur plus de la moitié du pays. Ils peuvent frapper jusqu’au cœur du Kaboul et leur renforcement, politique et militaire, ne cesse de croître. Ce n’est pas déjà l’échec pour les forces de l’Otan mais, comme la France vient de l’éprouver, l’avenir est sombre. Les Américains, et toute l’Alliance atlantique avec eux, paient là les frais de l’aventure irakienne. Alors qu’ils auraient dû concentrer tous leurs efforts sur l’Afghanistan qui était réellement un bunker terroriste, la base d’al Qaëda, le pays d’où ben Laden avait organisé les attaques du 11 septembre, ils ont mobilisé l’essentiel de leurs forces contre le régime de Saddam Hussein, détestable, sanguinaire mais sans aucun lien avec le terrorisme islamiste. La guerre d’Irak leur a fait oublier la guerre afghane qu’ils croyaient gagnée car ils n’avaient, bien sûr, guère eu de mal à renverser les taliban. L’argent et les hommes qu’il aurait fallu à Kaboul pour consolider cette victoire ont été envoyés à Bagdad. Les Afghans n’ont pu vu les bénéfices qu’ils auraient pu attendre de cette intervention et, très vite, l’Afghanistan est retombé dans le malheur d’un pays misérable, dévasté par vingt-cinq de guerres successives, sans Etat et lorgné par un puissant voisin, le Pakistan, qui entend bien y établir son influence. En Afghanistan, il y a les problèmes évidents – la corruption qui se généralise, le trafic de drogue qui enrichit les fonctionnaires comme les talibans, l’absence de tout progrès social et les bombardements américains qui détruisent autant de villages que de maquis islamistes. Tout cela pèse et très lourd mais beaucoup moins pourtant que le jeu des services secrets pakistanais, un Etat dans l’Etat, qui veulent plus que jamais tirer les ficelles à Kaboul afin de pouvoir opposer un bloc musulman, deux pays et non plus un, à la puissance, la richesse et l’étendue indiennes. Pour cela, les services pakistanais tablent à nouveau sur les taliban, les aident ou les laissent faire dans la zone frontalière, et rien ne pourra se résoudre en Asie du Sud Ouest tant que durera ce conflit rampant entre l’Inde et le Pakistan, tous deux dotés de l’arme nucléaire. Si les Occidentaux ne veulent pas perdre la guerre d’Afghanistan, s’ils veulent éviter une défaite aux conséquences graves, ce n’est pas seulement aux renforts qu’ils doivent penser. C’est également à travailler à la définition d’un équilibre régional, d’un modus vivendi entre Pakistanais et Indiens. La tâche n’est pas simple.

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