Les dirigeants iraniens sont des gens très constants. Chaque fois que les grandes puissances approchent d’une date butoir qu’elles se sont fixées à leur égard, chaque fois que le ton va monter sur le dossier nucléaire au Conseil de sécurité, ils annoncent un geste d’ouverture, le font attendre, créent le suspens pour redevenir maîtres du jeu et c’est exactement ce qui vient de se passer. L’Assemblée générale des Nations unies s’ouvrira bientôt. Elle sera, comme toujours, l’occasion d’intenses contacts diplomatiques au plus niveau. L’administration américaine a fait dire, depuis l’été, qu’elle n’attendrait pas plus longtemps que la fin de ce mois une réponse à la « main tendue » de Barack Obama. A continuer à ne dire ni « oui » ni « non », à persister dans l’intransigeance de leurs déclarations publiques, les dirigeants iraniens risquaient donc de se mettre tout le Conseil de sécurité à dos et de l’amener à prendre de nouvelles sanctions économiques – alors, badaboum, de nouvelles propositions sont prêtes, elles arrivent, les voici, remises hier, devant une forêt de caméras, aux ambassadeurs en poste à Téhéran et quoi ? Rien. Il n’y a, dans ces propositions, rien d’autre que l’habituelle rhétorique iranienne, propositions de discussions sur toutes le crises du monde, invocation de Dieu, appel à ne pas réitérer les « erreurs du passé », c’est-à-dire à mieux traiter l’Iran, et pas un mot, simplement pas un, sur ce programme nucléaire qui se développe inexorablement et moins encore sur la demande des grandes puissances d’une suspension, pas même d’un arrêt, des opérations d’enrichissement d’uranium, celles qui finiront bientôt par permettre à la République islamique de se doter de l’arme atomique aussitôt qu’elle le déciderait. Les grandes puissances vont se concerter aujourd’hui, au niveau de leurs diplomates en charge du dossier. Soit elles vont dire que l’Iran se moque du monde et qu’elles n’ont plus qu’à en tirer les conséquences, soit elles appelleront à une vraie réponse dans de brefs délais. Sur le fond, cela reviendra au même car, réaction dure ou plus souple, l’impasse est totale. L’Iran ne bouge pas d’un pouce. Les grandes puissances n’envisagent pas une seconde d’ouvrir ces discussions sur l’état du monde pendant que l’enrichissement d’uranium se poursuivrait puisque ce ne serait qu’en prendre acte et s’y résigner. Barack Obama va devoir hausser le ton car, de plus en plus embourbé en Afghanistan, confronté à la dégradation de la situation irakienne et ses difficultés à faire avancer sa réforme de la couverture médicale, il ne peut pas sembler impuissant face à Mahmoud Ahmadinejad. Sauf improbable et spectaculaire retournement de la position iranienne, on va vers un durcissement des sanctions, des mesures qui feraient vraiment mal, puis des choses plus graves encore à moyen terme car il ne faut jamais oublier qu’il n’y a pas plus faucon qu’une colombe déçue.

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