Trois cent trente sept voix contre 245 et 51 abstentions, ce n’est pas une courte majorité. Elle est d’autant plus frappante que les droites sont majoritaires au Parlement européen et que personne ne pourra donc voir, derrière son vote d’hier, une volonté partisane de mettre en difficulté un gouvernement de droite, celui de la France en l’occurrence. Ce n’est pas cela. C’est tout simplement que, comme la Commission européenne qui n’est pas à gauche non plus, comme beaucoup de catholiques et comme le premier d’entre eux, comme tant de journaux étrangers d'opinions diverses, les 337 députés européens « s’inquiètent vivement » – ce sont leurs mots – de « la rhétorique provocatrice et souvent discriminatoire qui a marqué les opérations de renvoi des Roms et qui donne, ajoutent-ils, de la crédibilité aux propos racistes et aux agissements de groupes d’extrême-droite ». Il s’agit, là, d’une condamnation morale, sévère et sans appel, mais comment la France en est-elle arrivé à l’encourir, alors même que ces expulsions sont, juridiquement parlant, défendables ? Pierre Lellouche le rappellera certainement mais autant il est vrai que tous les citoyens européens, et donc les Roms de Roumanie, ont le droit de s’installer et travailler dans tout autre pays de l’Union européenne que le leur, autant ils doivent – ce sont les textes européens – pouvoir justifier, au-delà de trois mois de séjour, d’une couverture médicale et des moyens de subvenir à leurs besoins. C’est rarement le cas des Roms de Roumanie et de Bulgarie qui fuient une misère noire et une discrimination qui n’est que trop évidente. La majorité d’entre eux viennent dans la partie la plus riche de l’Union parce que la mendicité et le tri des poubelles y rapportent plus que les emplois qu’on leur refuse chez eux. La majorité d’entre eux cherchent, naturellement, à y rester au-delà de ce qui leur est permis. Ils se mettent ainsi dans l’illégalité et, lorsqu’ils sont expulsés, c’est à leur malheur qu’ils sont renvoyés, pas à la mort ou à la prison. Alors pourquoi cette condamnation morale de la France ? Elle a une raison, explicitée par le Parlement européen et parfaitement fondée, qui est que le président de la République a choisi de faire de ces renvois une mise en scène politique, la preuve de son désir d’ordre et de sa fermeté, qu’il a désigné une population à l’opprobre en organisant, à l’Elysée, en plein été, dans l’urgence, une réunion visant non pas les immigrés illégaux mais spécifiquement les Roms dont il a ainsi fait un péril national alors qu’il ne s’agit que de misérables, de familles entières, qui ne voudraient que survivre. Non seulement c’est moralement répréhensible mais cela ne fait qu’alimenter les peurs dont se nourrissent le racisme et l’extrême-droite, que brouiller les esprits et ternir l’image de la France alors même que ce problème social concerne moins de 15 000 personnes. C’est cela qui choque, en Europe comme à l’étranger, et il est heureux que la France déplace aujourd'hui l'accent, qu'elle en revienne, maintenant, à la raison en envisageant, avec la Roumanie et l’Union européenne, les moyens européens – financiers, politiques et légaux – d’améliorer le sort des Roms dans leur pays.

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