On en connaît la raison. Tout aussi partisan qu’il soit de l’évolution de l’Europe vers une « union politique », François Hollande considère que l’Europe est devenue un sujet trop passionnel et trop générateur de divisions dans tous les secteurs de l’opinion pour qu’il se risque à vraiment en parler.

C’est pour cela qu’il le fait si peu et qu’on ne l’a entendu, hier, n’y faire qu’une brève allusion alors même que l’Europe est au cœur de tous les thèmes sur lesquels il était interrogé, la croissance comme le chômage ou l’ampleur des déficits publics. Ce n’est bien sûr pas qu’il n’y ait pas là de mesures à prendre au niveau national. Sans doute faut-il que la France repense sa fiscalité, aide mieux et plus ses PME, trouve un donnant-donnant entre flexibilité et sécurité du travail, réduise son endettement et ne fasse plus peser tout le financement de la protection sociale sur les coûts de production.

Si François Hollande arrivait, dans tous ces domaines, à mener à bien les réformes qu’il entend lancer, il aurait beaucoup fait pour sortir le pays de sa morosité. Ce ne serait certainement pas négligeable mais, même alors, aurait-il fait l’essentiel ? Non. Même alors, il n’aurait fait franchir à la France qu’une étape nécessaire mais insuffisante car… Prenons quelques exemples :

Peut-on sérieusement envisager une ré-industrialisation d’un pays comme la France hors d’un effort commun de ré-industrialisation de l’ensemble de l’Union passant par le développement de grands groupes de taille européenne comme Airbus ? La réponse est dans la question.

Peut-on, deuxième exemple, envisager de vraies réductions des dépenses publiques sans mettre en commun les dépenses de Défense et créer des industries de Défense européennes ? La réponse est dans la question.

Peut-on, troisième exemple, rattraper le retard que les Européens ont pris dans l’innovation et les nouvelles technologies sans développer une recherche et des universités de pointe financées par des investissements communs et mobilisant les meilleurs chercheurs et étudiants de l’ensemble de l’Union ? La réponse est dans la question.

Peut-on, quatrième exemple, concevoir un développement coordonné des deux rives de la Méditerranée, cet avenir commun qui ferait de l’Europe et de l’Afrique le plus puissant ensemble du monde, sans l’affirmation d’une vraie politique étrangère commune ? La réponse est dans la question et peut-on, dernier exemple, défendre le modèle social européen sans que l’Europe ne renoue avec la croissance et n’affirme une puissance publique de taille continentale ?

Là encore, la réponse est dans la question mais, comme toutes les raisons que l’on sait ont créé un divorce entre l’Europe et les Européens, François Hollande préfère éviter le sujet, comme le font tous les dirigeants des 27, et continuer à bâtir l’Union loin de tout débat. Le problème est que ce qui avait marché pendant un demi-siècle ne marche plus. L’Union a pris tant d’existence que, si l’on n’explique pas son ambition et sa difficulté, la crise politique deviendra telle en Europe que les meilleures des réformes n’y feront rien.

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