Les choses se sont à la fois clarifiées et encore compliquées. Maintenant que la Russie a appelé les dirigeants syriens à « placer leurs stocks d’armes chimiques sous contrôle international et ensuite les détruire » et que la Syrie a aussitôt « salué cette initiative », il devient très difficile de continuer à douter de la culpabilité du régime de Damas dans le crime commis le 21 août.

C’est la première clarification et elle est essentielle même s’il est malheureux que tant de responsables politiques dans tant de pays aient eu tant de phrases pour exprimer un scepticisme que rien ne justifiait et que ces aveux syro-russes ont désormais rendu passablement gênant pour eux. La seconde clarification apportée par ce coup de théâtre russe est qu’il est bel et bien nécessaire et non pas forcément aventureux ou va-t-en-guerre de ne pas accepter l’inacceptable et d’envisager de le sanctionner par la force.

Si la France, bientôt suivie par les Etats-Unis, n’avait pas, d’emblée, appelé un chat, un chat et ce crime, un intolérable crime, si elle n’avait pas réveillé la Maison-Blanche et finalement conduit, samedi, les 27 autres pays de l’Union à souhaiter qu’il soit donné une réponse « claire et forte » à cet emploi de gaz de combat par Damas, la Russie n’aurait pas fini par sommer son allié syrien de se dire prêt à renoncer à ses armes chimiques.

La fermeté paie. La fermeté a payé mais il est tout aussi évident, et c’est la complication, qu’il n’y a qu’une manœuvre tactique derrière ce rebondissement, et non pas un soudain remords. Cette offre russe et son acceptation par la Syrie ont pour seul but de torpiller les efforts déployés par l’Administration américaine pour convaincre le Congrès de donner son aval aux frappes envisagées par l’Elysée et la Maison-Blanche. C’est là le seul objectif de la Russie. Damas et Moscou parent le plus pressé. Ils le font – de leur point de vue s’entend – au meilleur moment possible pour mettre Barack Obama en difficultés en ajoutant aux interrogations des sénateurs et représentants mais faudrait-il, pour autant, s’inquiéter de cette manœuvre ?

Non, bien au contraire, car la fermeté prônée par la France et les Etats-Unis vise à faire progresser les choses sur la voie d’une solution politique et non pas à faire parler les armes pour les faire parler. La donne vient de changer. Quelles que soient leurs motivations, Russes et Syriens viennent de faire un pas politique et il s’agit donc de se féliciter de ce qui pourrait être une très heureuse évolution et de les prendre aux mots, ce qui ne signifie pas les croire sur parole.

Il faut maintenant, et c’est l’esprit de la première réaction française, des engagements de Damas, clairs, précis, datés, revenir au Conseil de sécurité puisque les bases d’un accord, sur le chimique au moins, paraissent s’esquisser et qu’une résolution du Conseil acte la volonté syrienne de renoncer à de telles armes mais en l’assortissant de délais courts et vérifiables et de sanctions qui s’imposeraient aussitôt s’ils n’étaient pas respectés.

Il ne faut pas, autrement dit, renoncer à la force. Il faut en suspendre l’usage le temps que les conversations diplomatiques avèrent ou non les déclarations russes.

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