Il n’est nullement prouvé que le « oui » l’emporte. Ce n’est pas parce que le « non » a spectaculairement reculé en deux semaines que, dans huit jours, l’Ecosse se prononcera forcément en faveur de son indépendance mais l’élan, le « momentum » dit-on en anglais, pris par le « oui » est tellement fort qu’il n’est plus de capitale qui ne planche sur cette hypothèse. Le Royaume-Uni est l’un des cinq membres permanents du Conseil de sécurité. Même amputé de l’Ecosse, il le resterait et personne ne pourrait lui retirer son siège mais pourrait-il le conserver longtemps alors qu’il ne serait plus ce qu’il est aujourd’hui et qu’il n’est déjà plus ce qu’il était à la fin de la guerre, l’un des vainqueurs dont le vaste empire ne s’était pas déjà défait ? La réponse est plutôt non. A terme au moins, la Grande-Bretagne n’aurait plus sa place au Conseil et c’est toute la récurrente question de la réorganisation de l’Onu qui se reposerait alors, question tellement explosive et complexe que le consensus a toujours été de l’enterrer. Sur la scène internationale, les conséquences d’un « oui » seraient ainsi vertigineuses. Elles seraient à peine moins difficiles à surmonter entre la nouvelle Ecosse et son ancien royaume puisqu’il faudrait se répartir - sur quelles bases ? - les dettes et les biens et décider de maintenir ou non la Livre comme devise du nouveau pays. Il y faudrait ou faudra du temps, des armées d’économistes, de juristes et d’avocats mais c’est sur la scène politique britannique et en Europe qu’un « oui » aurait ou aura le plus de retombées. Sans l’Ecosse dont le cœur est à gauche, la Grande-Bretagne s’inscrirait solidement et durablement à droite. Sans l’Ecosse dont l’attachement à l’Europe est profond, un référendum britannique sur la sortie de l’Union serait presque certainement gagné par les europhobes. Tant mieux pourraient se dire tous ceux qui enragent de voir les Britannique depuis si longtemps tout bloquer dans l’Union mais une sortie de la Grande-Bretagne pourrait en précipiter d’autres à l’heure où l’Union n’est pas précisément populaire. Pour l’Union, l’indépendance de l’Ecosse serait ou sera un séisme d’une rare violence, à court, moyen et long terme. Sans vraies bases juridiques sur lesquelles s’appuyer, l’Union devrait décider si elle demande à l’Ecosse d’entamer une procédure d’adhésion ou considère qu’elle est déjà membre puisqu’elle l’était comme nation constituante du Royaume-Uni. En Belgique, en Espagne, en Italie, ailleurs sans doute, l’Union devrait ensuite ou devra affronter d’autres sécessions encouragées par celle de l’Ecosse. Et puis, enfin, l’Union devrait ou devra s’adapter au bouleversement de ses rapports de force interne. Le camp libéral, actuellemment dominant, serait singulièrement affaibli. L’idée française d’Europe puissance serait confortée mais le neutralisme de beaucoup d’Européens le serait aussi puisque la Grande-Bretagne est, avec la France, le seul pays de l’Union à avoir une vue globale du monde et de vraies armées.

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