A cheval sur l’Irak, l’Iran, la Syrie et, surtout, la Turquie s’étend une zone de peuplement kurde. Elle aurait dû devenir une Etat nation au moment du partage de l’Empire ottoman mais les vainqueurs de la Première guerre mondiale ne l’avaient finalement pas voulu et les Kurdes sont, depuis, un peuple sans terre qu’habite une farouche volonté de s’unir, un jour, dans ses propres frontières.

C’est à la Turquie que cette ambition inspire les plus grandes craintes car les Turcs craignent qu’elle ne leur coûte l’Anatolie et d’être ainsi réduits à une peau de chagrin après avoir perdu leur immense Empire. Les Turcs ont donc longtemps nié l’existence de leurs Kurdes, près de 20% de leur population, leur refusant toute autonomie et jusqu’à l’usage de leur langue. C’est ainsi que la Turquie s’était retrouvée en guerre, en guerre civile, avec le PKK, le Parti des travailleurs du Kurdistan, formé il y a près de 40 ans dans le but d’arracher l’indépendance par les armes et le terrorisme.

Quarante mille morts plus tard, le leader historique du PKK, Abdullah Ocalan, avait été arrêté en 1999 et condamné à la prison à vie. L’un dans l’autre, cette guerre s’était éteinte mais elle se rallume depuis l’été et plonge aujourd’hui la Turquie dans un nouveau cycle de violences, extrêmement inquiétant.

Deux choses ont remis le feu aux poudres.La première est que les conflits du Proche-Orient ont rendu l’espoir aux plus radicaux des Kurdes de Turquie. Ils ont vu le Kurdistan irakien s’affirmer et prospérer dans l’Etat qu’il s’est, de fait, constitué depuis la chute de Saddam Hussein. Ils voient maintenant le Kurdistan syrien se détacher de ce pays éclaté et se légitimer toujours plus en fournissant, comme le Kurdistan irakien, les seuls hommes sachant vraiment s’opposer, au sol, aux djihadistes de Daesh, de l’Etat islamique.

C’est maintenant ou jamais, c’est l’occasion historique de gagner la bataille de l’Etat kurde indépendant et unitaire, se sont dits des Kurdes de Turquie qui ont repris, en juillet, leurs attaques contre l’armée turque. Elles auraient pu rester marginales mais ce ne fut pas le cas car le gouvernement turc a choisi d’y répondre massivement, pour des raisons de politique intérieure.

Un mois plus tôt, les islamo-conservateurs de l’AKP avaient perdu, à l’issue des législatives du 7 juin, la majorité absolue qu’ils détenaient depuis 12 ans. Pour leur chef de file, le chef de l’Etat Recep Tayyip Erdogan, c’était d’autant plus catastrophique qu’il avait escompté une majorité suffisante pour étendre ses pouvoirs présidentiels. Il a donc délibérément choisi de chauffer son opinion à blanc en jouant la carte nationaliste qu’il a brandie d’autant plus volontiers que c’est la percé d’un parti kurde, légaliste, ouvert et moderniste, le HDP, qui l’avait mis en minorité et que des législatives anticipées auront lieu le 1ier novembre. Quelques 400 permanences du HDP ont été mises à sac ces deux derniers jours. Les locaux du grand quotidien d’opposition Hurriyet ont été attaqués par deux fois. Attisée d’en haut, une haine se répand dans les rues et tout se complique encore au Proche-Orient.

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