Le parti d'extrême-droite a remporté 17,6% des voix aux élections législatives suédoises dimanche, moins que les 25% que certains sondages lui prédisaient, mais une forte poussée qui prive de majorité les deux blocs historiques de gauche et droite. La question des migrants a dominé la campagne.

Jimmie Akesson, le leader des Démocrates de Suède (SD), le parti d'extrême droite, devant ses partisans dimanche soir à Stockholm.
Jimmie Akesson, le leader des Démocrates de Suède (SD), le parti d'extrême droite, devant ses partisans dimanche soir à Stockholm. © AFP / Anders WIKLUND / TT News Agency / AFP

Pour tous ceux qui ont été biberonnés au « modèle suédois », un mélange d’Etat providence généreux et d’égalitarisme, en avance sur les droits des femmes ou la protection de l’environnement, les élections d’hier constituent un choc. Même si certains sondages plaçaient l’extrême droite encore plus haut, son score en forte progression vient briser l’image idyllique d’un pays qui était, à bien des égards, exemplaire.

Exemplaire, il l’a sûrement été en 2015, accueillant plus de réfugiés que n’importe quel autre pays européen par rapport à sa population. Et malgré cet effort, il a conservé une croissance élevée, un excédent budgétaire, un chômage au plus bas. Difficile de faire mieux.

Et pourtant, la spectaculaire augmentation du score des Démocrates de Suède, le parti d’extrême droite, montre que la question de l’accueil des migrants n’est pas seulement économique, sociale ou sécuritaire. Elle est d’abord identitaire, dans un pays qui était autrefois d’une homogénéité culturelle absolue, et s’est transformé en l’espace d’une génération en une société multiculturelle.

Le paradoxe du succès des Démocrates de Suède en 2018 est qu’il intervient alors que le nombre de nouveaux arrivants dans le pays est au plus bas depuis 2015. Il ne s’agit donc pas d’une réaction à chaud à une crise en cours.

La question des migrants est plus, de ce fait, le révélateur que la cause d’un questionnement identitaire qui touche la Suède comme une bonne partie de l’Europe. Le modèle suédois, qui était parfois lourd à porter, forgeait aussi une identité nationale incontestée. Or la Suède ne ressemble plus à son mythe : le pays est entré de plein pied dans la mondialisation, avec son lot d’inégalités sociales et de concurrence, génératrices d’insécurité. 

Les errements européens de la dernière décennie ont fini d’ébranler les certitudes suédoises, ouvrant la voie à l’émergence d’une force anti-immigration et largement eurosceptique. Les Démocrates de Suède étaient à l’origine un groupuscule néo-nazi qui a su se transformer en force nationaliste moins clivante en surfant sur le rejet de l’immigration. 

Le Parti social-démocrate est arrivé en tête, mais avec son plus mauvais score depuis un siècle ! Il a vainement tenté de focaliser le débat sur l’Etat-providence, là où l’extrême droite ne voulait parler que des migrants. C’est elle qui a gagné.

Il va falloir laisser décanter l’électrochoc de ces résultats pour savoir comment la Suède sera gouvernée dans l’avenir, aucun des deux grands blocs traditionnels, de gauche et de droite, n’étant en mesure de s’imposer seul. 

Les Démocrates de Suède vont pouvoir peser sur les débats – et c’est une mauvaise nouvelle pour l’Europe. Ils peuvent désormais espérer devenir, un jour, le premier parti du pays. Cela se produira si les formations traditionnelles ne trouvent pas la réponse aux peurs et aux angoisses des électeurs, à la nécessité de donner un nouveau sens au « modèle suédois ».

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