Les sept pays méditerranéens de l’UE se réunissent aujourd’hui en Corse, avec, au centre des discussions, le défi turc en Méditerranée orientale ; prélude à un Conseil européen à 27 à la fin du mois. L’Europe doit définir sa stratégie.

Quelle attitude adopter face à un président turc qui multiplie les défis, se montre agressif, et manie l’insulte vis-à-vis de ceux qui sont censés être ses alliés ? Ca fait un moment que le comportement du Président Recep Tayyip Erdogan pose problème
Quelle attitude adopter face à un président turc qui multiplie les défis, se montre agressif, et manie l’insulte vis-à-vis de ceux qui sont censés être ses alliés ? Ca fait un moment que le comportement du Président Recep Tayyip Erdogan pose problème © AFP / HALIL SAGIRKAYA / ANADOLU AGENCY / Anadolu Agency via AFP

Quelle attitude adopter face à un président turc qui multiplie les défis, se montre agressif, et manie l’insulte vis-à-vis de ceux qui sont censés être ses alliés ? Ca fait un moment que le comportement du Président Recep Tayyip Erdogan pose problème, mais les tensions en Méditerranée, autour de réserves de gaz sous-marines, contraignent désormais les pays de l’Union européenne à adopter une stratégie commune – et ça n’est pas facile.

Un sommet réunissant autour de la France les six autres pays méditerranéens de l’UE se tient aujourd’hui en Corse, et la Turquie sera dans tous les esprits. Une étape sur la voie du Conseil européen prévu fin septembre, à 27 cette fois, et qui aura à trancher sur deux dossiers étonnamment similaires, les relations problématiques avec deux autocrates aux portes de l’Europe, Poutine et Erdogan.

Faut-il montrer ses muscles, comme le fait la France en Mer Égée face aux Turcs, ou proposer de négocier avec Ankara comme le suggère l’Allemagne ? Ces deux attitudes peuvent sembler aux antipodes, à moins de devenir complémentaires : rééquilibrer le rapport de force avant de dialoguer. Mais il faut surmonter les divisions européennes, héritage de l’histoire, de rapports économiques et de brassages humains différents.

La Turquie d’Erdogan pose un défi particulier, car elle est au carrefour de plusieurs enjeux majeurs. Elle contraint l’Europe à se vivre en puissance à un moment d’éclipse américaine ; ce n’est pas dans l’ADN de l’Europe, en tous cas pas jusqu’ici.

La Turquie est une puissance régionale qui a longtemps été un membre discipliné de l’OTAN ; mais qui mène aujourd’hui son propre jeu, avec de forts relents de revanchisme historique ottoman. En Syrie, en Libye, ou encore en Palestine où il vient de s’afficher ouvertement avec le Hamas islamiste, Erdogan s’offre en chef de file de l’islam sunnite. Il tourne désormais le dos à une Europe qu’il juge suffisamment faible et vulnérable pour pousser ses pions.

C’est ce qui se passe dans les eaux grecques et chypriotes, où la Turquie effectue des recherches gazières dans des zones qui ne sont pas les siennes.

La France a pris sur elle de dramatiser l’enjeu en envoyant des navires et des avions en solidarité avec la Grèce et Chypre. Mais ce n’est pas une fin en soi, pas si on ne veut pas d’une guerre entre membres de l’OTAN.

La question est de redevenir crédible aux yeux d’Erdogan pour favoriser une négociation. Dimanche, le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, évoquait une « panoplie de représailles » contre la Turquie qui serait présentée au prochain Conseil européen.

Mais comment être crédible sans un affichage d’unité européenne plus convaincante ? Sans une politique migratoire qui éviterait les scènes lamentables comme ce qui se passe dans l’île grecque de Lesbos ? 

Enfin, tout bâton doit avoir sa carotte, et face à une Turquie qui s’estime défavorisée par le partage des eaux méditerranéenne, comment créer une ère de prospérité commune au lieu d’opposer les égoïsmes nationaux hérités d’une histoire mouvementée ? Toutes ces questions sont pour l’heure sans réponse.

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