Ce matin, direction la Colombie...

Le drapeau de la Colombie
Le drapeau de la Colombie © Getty / KT / Contributeur

Et d'ailleurs, pourquoi parler aujourd'hui de la Colombie ?

Par soucis de justice, figurez-vous ! Depuis quelques semaines, j'ai multiplié les éditos pour expliquer combien le Venezuela allait mal et combien sa ruine était largement due à l'incurie, voire la corruption de ses dirigeants militaro-chavistes.

Même chose pour d'autres pays d'Amérique latine, passés à gauche dans les années 2000, qui ont profité à plein du boom des matières premières et du commerce avec la Chine mais ont oublié de réformer leurs économies et ont joué les cigales.

Mais à force de décrire le malheur des uns - Argentine, Brésil et Venezuela – j'en ai oublié le bonheur des autres. Et les autres, c'est le Chili d'une part et surtout la Colombie. Et comme je n'aime pas l'injustice, j'ai voulu ce matin la réparer.

Pourtant, la Colombie a plutôt mauvaise presse...

Eh bien, il va falloir que cela change. De tous les points de vue, la Colombie est la grande gagnante de ce début de XXIe siècle. D'abord, elle est devenue le 2e pays hispanophone au monde : derrière le Mexique mais devant l'Espagne elle-même.

Avec ses 48M d'habitants, elle est aussi devenue la 3e économie de l'Amérique du Sud, derrière le Brésil et l'Argentine mais devant, et c'est la grande nouveauté, le Venezuela qui pourtant dispose des 1ères réserves pétrolières au monde.

De plus, contrairement à son riche voisin, enfoncé dans une crise politique, économique gravissime, la Colombie a une économie diversifiée : de l'industrie, de l'agriculture, des services, des ports et des infrastructures, des universités enviées.

Enfin, il y a le processus de paix. Depuis plusieurs années, le gouvernement colombien s'est lancé dans des négociations épuisantes la guérilla marxiste des FARC. La paix est quasi signée, qui mettra fin à un conflit vieux d'un demi-siècle !

Pourquoi n'entend-on pas plus souvent parler de cette réussite ?

Une réussite spectaculaire en plus : la pauvreté s'est effondrée en 20 ans, la sécurité s'est améliorée et, alors que le reste de l'Amérique latine se bat avec la récession, la Colombie affiche 3 à 4% de croissance annuelle.

Alors, effectivement, pourquoi ne pas en entendre parler plus souvent ? Eh bien parce que pour une partie de l'intelligentsia sud-américaine, de gauche pour être précis, la Colombie c'est le vilain petit canard : l'alliée indéfectible des Etats-Unis.

Une souillon qui n'a jamais cédé à l'antiaméricanisme de ses voisines. Or la souillon est devenue, contrairement à ses sœurs plus riches et plus exubérantes, la princesse du sous-continent. Et il est toujours difficile d'admettre ses erreurs.

C'est un portrait qui ressemble trop à un conte de fées pour être vraiment juste, non ?

C'est vrai : tout cela reste fragile. D'une part, la paix avec les FARC n'est pas encore entièrement signée. D'autre part, les stigmates du conflit sont profonds : des milliers de morts, des millions de déplacés et un paysage politique décimé.

Enfin, l'oligarchie locale n'a jamais lâché le pouvoir : le président actuel, Juan Manuel Santos, appartient par exemple, à l'une de ces familles patriciennes qui dirigent le pays depuis son indépendance de l'Espagne au XIXe siècle.

La Colombie a donc besoin d'une meilleure redistribution des richesses et des terres, d'un système éducatif moins élitiste et de systèmes sociaux dignes du pays développé qu’elle est devenue si elle ne veut pas redevenir citrouille dès minuit.

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