Taiwan reçoit pour la première fois depuis 1979 un ministre américain. Une provocation envers Pékin mais aussi le signe d'un raidissement plus général des Etats-Unis vis-à-vis de Pékin.

La présidente taïwanaise Tsai Ing-wen (à droite) à côté du secrétaire américain à la Santé et aux Services sociaux Alex Azar lors de sa visite à Taipei le 10 août.
La présidente taïwanaise Tsai Ing-wen (à droite) à côté du secrétaire américain à la Santé et aux Services sociaux Alex Azar lors de sa visite à Taipei le 10 août. © AFP / Taiwan Presidential Office

Un ministre américain en visite officielle à Taïwan... C'est historique ! Les Etats-Unis n'avaient pas envoyé d'officiels de si haut rang depuis 1979, c'est-à-dire depuis qu'ils ont coupé leurs liens diplomatiques avec Taïwan. Et ce visiteur d'exception, reçu avec des attentions de chef d'Etat, c'est Alex Azar, ministre de la Santé.

Il est venu avec un double message : d'abord, il a salué l'impeccable démocratie taïwanaise en la personne de sa présidente tout juste réélue, Mme Tsaï. Ensuite, comme ministre le Santé, il a voulu louer la réponse locale à la pandémie de covid19

Il faut dire que les résultats de l'île rebelle sur ce points sont presque incroyables pour un territoire si proche de la source même de l'épidémie, à savoir la Chine continentale : pour 23 millions d'habitants, Taïwan de compte que 420 cas et 7 décès !

Une provocation envers Pékin !

Deux provocations ! Mme Tsaï appartient à un mouvement politique qui veux maintenir à distance le régime autoritaire de Pékin. De plus, saluer les succès sanitaires de Taïwan, c'est viser en creux la rétention d'informations et les mensonges statistiques chinois.

Pékin l'a reçu 5/5 : le ministre américain avait à peine posé le pied à Taïwan que deux chasseurs chinois violaient l'espace aérien taïwanais. Ils ont été aussi reconduit côté chinois par de splendides patrouilleurs taïwanais (de marque étasunienne bien sûr).

On voit bien l'intérêt des Etats-Unis : la Chine est devenu un des thèmes de campagne phares de Donald Trump, qui n'en a pas beaucoup dans sa besace. Donc une provocation, après s'en être pris à l'application d'origine chinoise TikTok, ne peux pas faire de mal.

Méfiance persistance des Etats-Unis

Oui et non. Il y a fort à parier que, même s'il est vaincu à la prochaine présidentielle, la méfiance des Etats-Unis vis-à-vis de la Chine persistera. La dernière fois que Washington avait envoyé un officiel à Taïwan, c'était en 2014 sous Obama mais c'était seulement un haut-fonctionnaire.

On sent bien que, de part et d'autre du Pacifique, monte un affrontement commercial et économique doublé d'une bataille idéologique. La Chine essaie de démontrer au monde qu'on peut devenir riche sans en passer par la démocratie libérale à l'occidentale.

Et pour mieux valider sa démonstration, Pékin a décidé de mettre de l'ordre autoritaire dans ses arrières cours. Pas question qu'un seul Chinois puisse être harmonieusement dirigé par des principes démocratique, d'où la reprise en main de Hong Kong.

Taïwan dans le viseur de Pékin

Exactement ! Sauf que, Taïwan a beau être 267 fois plus petit en superficie, 60 fois en population et 23 fois en richesse, pour y parvenir il faudra plus qu'une loi scélérate adoptée en plein confinement et suivi d'arrestations perlée, comme à Hong Kong

Aujourd'hui, la démocratie représentative est si profondément ancrée dans l'identité de l'île rebelle que seul un Taïwanais sur dix souhaite la réunification. Pire, les deux-tiers des habitants de l'île se sentent Taïwanais plutôt que Chinois.

Mais c'est le sort réservé aux Hongkongais qui a dessillé le camp occidental. La Grande-Bretagne et l'Australie ont déjà grand ouvert leurs consulats aux opposants de Hong Kong et les Etats-Unis font pression pour que leur alliés bannissent Huawei de leur future 5G.

Londres a même proposé un nouveau format pour le G7 : un D10, « D » pour démocratie. Une sorte de forum anti-Pékin mais aussi hostile à Moscou, qui rassemblerait en plus la Corée du Sud, l'Australie et l'Inde.

La France, éternelle voix discordante, reste pour le moment à l'écart de ces initiatives, Mais combien de temps pourra-t-on tenir sans  trahir les valeurs pour lesquelles se battent Taïwan et Hong Kong et qui sont les siennes : Liberté, Egalité, Fraternité.

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