La France s’est-elle trompée ? La France mais aussi l’Allemagne, la Chine, la Belgique, le Mexique, le Chili, la Russie, le Brésil, le Canada, cette très nette majorité des gouvernements du monde qui avaient tenté, à l’unisson des deux tiers de l’opinion internationale, de s’opposer au déclenchement de cette guerre, ont-ils eu tort de le faire ? On l’entend dire aujourd’hui. Plus souvent une interrogation se fait jour car la guerre n’aura duré que trois semaines et que les Irakiens, désormais certains que le règne de la terreur s’est achevé, expriment leur soulagement, leur joie, leur bonheur d’être libérés d’une sanglante dictature qui les faisait voter il n’y a pas si longtemps, à 100% - 100% ! - pour Saddam Hussein. Devant ces deux faits, ces deux réalités, il faudrait ignorer le doute pour ne pas s’interroger, alors faisons-le. Première question : cette guerre était-elle indispensable ? Peut-être le serait-elle devenue si les inspections n’avaient pas fini par établir la vérité sur les arsenaux que Saddam possédait ou se constituait. Là, oui, il aurait certainement fallu entrer en guerre car il n’aurait pas fallu laisser un tel homme devenir une menace pour le Proche-Orient et le monde. Il n’aurait pas été possible de le laisser se doter d’armes de destruction de masse, se rendre invincible, et ce danger, s’il n’était pas prouvé, était bel et bien réel, avéré du seul fait que Saddam Hussein, au lieu de mettre cartes sur table et répondre aux questions qui lui étaient légitimement posées, traînait des pieds, ne lâchait que des bribes d’informations – bref, tentait de cacher ce qu’il tramait. Il y avait un problème, grave, mais tous les pays du Conseil de sécurité, tous les pays du monde, Syrie comprise, s’étaient mis d’accord pour faire céder Saddam et, si lentement que ce fût, il cédait, reculait, et cette pression internationale aurait pu éliminer la menace irakienne en épargnant cette guerre aux Irakiens, sans faire tant de victimes et de destruction. La guerre n’était peut-être pas évitable mais on l’a faite avant d’être sûr qu’elle ne l’était pas. Oui, dira-t-on, mais Saddam et sa dictature, sans cette guerre, seraient toujours là, même désarmés. C’est exact mais combien de temps lui et ses sbires auraient-ils survécu à l’humiliation d’avoir dû céder devant la loi internationale ? Quand une dictature est mise à genoux, la gangrène s’insinue dans ses plaies et, plus important encore, plus décisif encore, un formidable précédent d’application pacifique de la légalité internationale, de véritable existence d’une communauté internationale, aurait été créé grâce auquel toutes les dictatures, d’un coup, se seraient vu signifier la fin de l’impunité. Alors, seconde question, pourquoi les Etats-Unis ont-ils ainsi voulu cette guerre ? Ils l’ont imposée car cette équipe présidentielle, dans un mélange de messianisme révolutionnaire et d’exaltation religieuse, considère que l’Amérique est seule capable d’assurer l’ordre sur terre, qu’elle doit s’affranchir, pour cela, de la concertation et des lois internationales, que sa sécurité est à ce prix et qu’il y avait urgence à manifester sa force au Proche-Orient pour y briser l’échine au terrorisme islamiste. Derrière l’Irak, il y a deux visions du monde, de ses équilibres et de sa sécurité. L’américaine n’est pas la bonne.

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.