A droite, rien de neuf. Si la droite sort gagnante des législatives qui auront lieu dimanche et lundi en Italie, c’est le retour au pouvoir de Silvio Berlusconi, déjà deux fois Premier ministre, de 1994 à 1995 puis de 2001 à 2006. A 71 ans, il a changé sur un point. Il n’est plus l’homme le plus riche de la Péninsule mais, pour le reste, lifté, artificiellement bruni, crâne regarni par des implants capillaires, il est pareil à lui-même, plaisanteries grasses et totalement désarçonnant. Qu’une jeune fille, dans une émission de télévision, lui parle du chômage des jeunes générations qui touche, en hausse, plus de 23% des moins de 25 ans, et il lui conseille, ravi de son humour, d’épouser un homme au portefeuille bien garni, comme "mon fils", ajoute-t-il. La gauche, ses adversaires ? Des « communistes », dit-il, qui n’ont, qui plus est « aucun goût, pas même en matières de femmes » car la beauté de ses candidates à lui, estime-t-il, est sans égal. Les magistrats, ces juges qui se sont tant intéressés, près d’une dizaine de fois, aux dédales de ses affaires et aux liens de certains de ses collaborateurs avec la mafia ? Il faudrait, dit-il, leur « faire passer des tests psychologiques et comportementaux ». Tout est à l’avenant chez ce pilier de la jet-set mais il plaît à une moitié de l’Italie, fascinée par sa réussite personnelle, conditionnée par ses télévisions et touchée au cœur par ses attaques contre le fisc qu’il comprend et approuve presque qu’on fraude. Berlusconi, c’est le champion du petit commerce, de la débrouille individuelle, de la haine de l’Etat, un libéral autoproclamé mais si extravagant et sulfureux qu’il a peu d’amis parmi les entrepreneurs italiens et que l’hebdomadaire international des libéraux, The Economist, en a fait sa tête de Turc. A gauche, en revanche, Walter Veltroni, 51 ans, la tête de liste de la gauche, est assez surprenant pour qu’on l’ait, un jour, entendu dire qu’il « n’était pas de gauche ». Il ne l’a pas répété mais c’était un cri du cœur car cet ancien communiste veut rompre avec la filiation des gauches européennes, imposer en Italie un parti démocrate à l’américaine et, sur cette lancée, un bipartisme à l'anglo-saxonne. Après avoir participé à la transformation du PC italien en un parti de la gauche démocrate, il a maintenant allié ce PDS au centre gauche, anciennement démocrate-chrétien, dans un Parti démocrate, démocrate tout court, et refusé toute alliance avec la gauche de la gauche. Il a deux idoles, les frères Kennedy, John et, surtout, Bob dont le poster trônait dans son bureau il y a dix ans déjà. Quand il dit qu’il n’est pas de gauche il veut dire par là qu’il ne se reconnaît plus dans ce que furent les gauches car elles lui semblent dépassées. C’est un réformiste, pragmatique, social, totalement converti, bien sûr, à l’économie de marché et qui a pris pour slogan la traduction italienne du « Yes, we can » de Barack Obama – oui, nous pouvons améliorer les choses mais sans révolution ni messianisme. Si cet homme l’emportait, beaucoup de choses pourraient changer dans les gauches européennes mais, pour l’heure, les sondages donnent une fragile avance à Silvio Berlusconi, assuré d’une majorité à la Chambre mais pas au Sénat. La gauche se dit le vent en poupe mais le scrutin reste incertain.

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