C’est une invention de banquier, devenue réalité politique. En 2003, une étude de la banque Goldman Sachs soulignait les points communs entre le Brésil, la Russie, l’Inde et la Chine, pays émergents ou ré-émergents en croissance rapide, et lançait l’acronyme « Bric » qui fit immédiatement fortune. Ca a plu car cette invention annonçait en un mot éclatant et lourd la montée de nouvelles puissances dans le nouveau siècle. Ca a frappé car une addition de statistiques faisait apparaître un nouveau pôle de pouvoir dont la part dans la croissance mondiale allait passer de 20% à l’époque à 40% en 2025 et dont le poids économique allait doubler sur la même période pour atteindre 20% dans 14 ans. L’un dans l’autre, on a si bien pris l’habitude de parler des Bric qu’ils se sont organisés et tiennent, ce jeudi, leur troisième sommet sur l’île chinoise d’Haïnan avec l’Afrique du Sud, South Africa en anglais, qui les a désormais rejoints en ajoutant son « S » initial à l’acronyme. En plus de leur taux de croissance, ces pays ont en commun une soif d’affirmation politique et un désir de revanche historique sur les puissances occidentales. Cela fait indéniablement d’eux un ensemble transcendant les continents mais leur cohésion n’en est pas moins extrêmement discutable. La Chine et l’Inde sont les grandes puissances rivales d’une Asie dont les équilibres se cherchent comme ceux de l’Europe dans les siècles passés. La Chine est alliée au Pakistan dont l’Inde est l’ennemi depuis qu’il s’en est séparé lorsque la Grande-Bretagne s’était retirée du sous-continent. La Russie a, elle, toutes les raisons de craindre la Chine qui bouscule ses positions dans l’ancienne Asie centrale soviétique et qui est en train, surtout, de pacifiquement envahir la Sibérie par le biais de ses marchands, de ses exportations et de ses travailleurs migrants. La Russie a si peur de la Chine que c’est l’une des principales raisons pour lesquelles ses courants les plus modernistes veulent ancrer leur pays à l’Ouest en le rapprochant de l’Europe et des Etats-Unis. L’Afrique du Sud, quant à elle, n’a jamais vu d’un bon œil la pénétration économique de la Chine sur le continent africain dont elle se considère comme le leader naturel et où elle ne souhaite pas que l’influence d’une puissance asiatique vienne prendre le relais de celle des anciennes puissances coloniales européennes. Entre tous ces pays, les contradictions et rivalités sont largement aussi fortes que les convergences mais en restaient deux, le Brésil et la Chine, entre lesquelles on ne voyait pas de vrai problème. Ni rivalité continentale ni voisinage direct, les premières puissances d’Amérique latine et d’Asie avaient tout pour se compléter sans nuages mais, entre elles, le torchon brûle aujourd’hui car la monnaie brésilienne s’est tant appréciée sur le marché des changes tandis que celle de la Chine restait sous-évaluée par décision politique que les importations chinoises ont progressé l’année dernière de 61% au Brésil. La Chine détruit tant d’emplois brésiliens que le Brésil vient de lui imposer de nouveaux droits de douane et exige d’elle un rééquilibrage des échanges. En avance sur le sommet des Brics, la présidente brésilienne arrive aujourd’hui à Pékin pour des entretiens bilatéraux qui ne seront pas détendus.

L'équipe
Contact
Thèmes associés
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.