Vainqueurs des élections égyptiennes et tunisiennes, les islamistes sont désormais à la peine. Non seulement ils doivent faire face aux innombrables difficultés de leurs pays dont ils seront toujours plus tenus responsables les mois passants mais il leur faut aussi compter avec le pluralisme qu’a introduit la fin des dictatures, avec une société civile particulièrement active en Tunisie, avec l’armée qui conserve un grand poids en Egypte et, avec des investisseurs, enfin, nationaux ou étrangers, qu’ils doivent rassurer car, sans eux, l’économie ne redémarrera pas.

En Egypte, la situation des Frères musulmans, devenus le premier parti du pays, est d’autant plus délicate qu’ils se heurtent à la concurrence de salafistes qui ont rassemblé près de 30% des voix. Les Frères ne peuvent ainsi pas s’en tenir à la modération sans risquer de voir leur influence diminuer au profit de ces intégristes particulièrement rigoureux et tentés, pour certains d’entre eux, par la violence. Leur marge de manœuvre en est réduite et c’est ainsi qu’ils ont du se résoudre à présenter un candidat à la présidentielle de mai prochain de peur que celui des salafistes ne se fasse élire en faisant le plein des voix islamistes.

L’ennui pour les Frères est qu’il s’est alors exactement passé ce qu’ils avaient voulu éviter lorsqu’ils avaient décidé de ne pas briguer la présidence. Tout ce que l’Egypte compte de modernistes les a vus approcher tous les leviers de commande en même temps. Les plus crédibles des candidatures laïques en ont été renforcées. C’est sur cette toile de fond qu’Omar Souleimane, l’ancien chef des services de renseignements d’Hosni Moubarak, s’est décidé à entrer en lice avec de très nombreux soutiens. Entre modernistes et salafistes, les Frères sont pris en étau et voilà qu’hier la Justice égyptienne a jugé illégale la commission parlementaire chargée de rédiger la nouvelle Constitution.

Juridiquement parlant, on n’en voit pas la raison mais le fait est que cette Commission, dominée par les Frères et les salafistes, était rejetée de toute part, y compris par l’université al-Azhar, la plus haute autorité religieuse de l’islam sunnite. Pour l’heure, la victoire électorale des Frères musulmans les dessert plus qu’elle ne les sert car ils n’étaient pas préparés à exercer le pouvoir et, sans être dans une aussi mauvaise passe, les islamistes tunisiens d’Ennahda ne sont guère mieux lotis.

Aussi actifs qu’ils soient, leurs salafistes restent marginaux. La Tunisie n’est pas l’Egypte mais, après avoir eu la sagesse de renoncer à introduire la charia dans la Constitution, les dirigeants d’Ennahda doivent en même temps faire face à des militants que leur modération n’enchante pas et à des laïcs qui serrent les rangs et s’enhardissent de jour en jour. Le pouvoir ne réussit pas aux islamistes.

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