Israël est de plus en plus critiqué par les Etats-Unis qui lui reprochent de compromettre les négociations de paix qu’ils ont relancées en juillet dernier. Bien ne que personne, pas plus Israël que les Etats-Unis et surtout pas les Palestiniens, ne veuille prendre l’initiative de leur abandon, ces négociations paraissent toujours plus bloquées. Une situation est en train de se créer ainsi dans laquelle Israël pourrait rater l’occasion d’un règlement définitif alors que les Palestiniens risquent, eux, de se retrouver dans une complète impasse politique qui pourrait conduire à une nouvelle explosion de violences.

Après des mois de surplace, les choses avaient commencé à se dégrader le 29 mars lorsque les Israéliens avaient refusé de libérer, contrairement aux engagements pris, un quatrième et dernier contingent de prisonniers palestiniens. Ils entendaient faire pression sur Mahmoud Abbas, le président palestinien, pour qu’il accepte de prolonger les négociations au-delà de la fin avril, leur terme prévu. Mahmoud Abbas avait aussitôt riposté en demandant l’adhésion de la Palestine, reconnue par l’Onu comme Etat observateur depuis 2012, à une quinzaine de conventions et traité internationaux.

C’était une démarche qu’il s’était engagé à ne pas faire en contrepartie de l’ouverture des négociations en cours. La réaction israélienne a donc été de geler tout contact avec les Palestiniens, à l’exception des discussions de paix et, hier soir, coup de tonnerre. Israël décide de suspendre le transfert aux Palestiniens de droits de douane qu’il perçoit en leur nom – quelques 80 millions d’euros par mois sans lesquels les fonctionnaires palestiniens ne peuvent plus être payés.

C’est un point de rupture qu’on atteint là alors même que le secrétaire d’Etat américain, John Kerry, avait clairement pointé du doigt mardi les responsabilités israéliennes dans cette dégradation et que des compromis se cherchaient encore.

Jamais les Etats-Unis n’avaient montré autant d’irritation vis-à-vis de leur allié israélien auquel ils fournissent une aide militaire de plus de trois milliards de dollars par an. Jamais les relations entre ces deux pays n’avaient été aussi tendues mais la droite israélienne au pouvoir assume le risque d’un isolement croissant d’Israël car elle continue de penser que la création d’un Etat palestinien constituerait une trop grande menace sécuritaire pour l’accepter.

Peut-être. C’est un point de vue mais, si ces négociations devaient vraiment échouer, Israël deviendrait de fait un Etat binational dans lequel les Israéliens seraient bientôt minoritaires. Ce risque ne serait plus hypothétique. Il serait inéluctable mais la droite israélienne le prend alors même que le monde arabe est dans un tel état que les Palestiniens ne peuvent compter que sur eux-mêmes et qu’Israël pourrait donc leur imposer un règlement à ses conditions.

Il y a là un aveuglement suicidaire. C’est une erreur historique de grande ampleur qu’Israël est en train de commettre et, dans l’immédiat, si les Américains n’arrivaient pas, malgré tout, à prolonger les pourparlers, des violences pourraient éclater et les Palestiniens les plus radicaux reprendre la main.

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.