Et de huit ! En remportant, samedi, les caucus démocrates du Wyoming, Bernie Sanders a remporté sa huitième victoire des neuf dernières élections primaires. Aussi spectaculaire que cela soit, cela ne devrait pas lui permettre de ravir l’investiture de son parti à Hillary Clinton dont l’avance reste forte mais il y a décidément un phénomène Sanders aux Etats-Unis.

Voilà un homme que tout handicapait, un homme qui n’a rien d’un jeune premier et tout du septuagénaire qu’il est, un homme qui se réclame du socialisme dans un pays où ce mot faisait, hier, presque aussi peur que celui de communisme, un homme quasiment inconnu il y a quelques mois encore et qui est maintenant devenu une figure nationale.

Bernie Sanders soulève l’enthousiasme des jeunes démocrates dont il est désormais l’idole, séduit aussi des plus vieux et capte, surtout, la lumière en privilégiant le fond sur la forme. Sans facilité aucune, il s’adresse à l’intelligence des électeurs.en dénonçant inlassablement - c’est l’essentiel de son message - la croissance des inégalités aux Etats-Unis, le pouvoir de l’argent et les avantages fiscaux dont bénéficient les plus grandes fortunes et les entreprises les plus riches. Il est le candidat de la redistribution des richesses par l’impôt et du resserrement de l’écart des revenus entre des patrons aux ressources exponentielles et les classes moyennes dont les salaires stagnent ou reculent.

Bernie Sanders incarne ainsi un phénomène qui se mondialise car prenons, par exemple, la Corée du Sud.

Dans ce pays sorti de sa misère d’après-guerre par le succès de conglomérats industriels auxquels l’Etat avait apporté tout son soutien, l’entreprise et ses dirigeants étaient jusqu’il y a peu vénérés et intouchables. Puis, comme partout, les inégalités se sont brutalement accrues dans les années 90 pendant que le chômage des jeunes se développait et à deux jours des législatives sud-coréennes, les sondeurs découvrent que la jeunesse est si bien entrée en révolte qu’elle ira massivement aux urnes pour voter contre la présidente en place.

Cela n’annonce pas plus qu’aux Etats-Unis de bouleversements immédiats mais ce pays change, profondément, et vient allonger la liste de tous ceux où une nouvelle gauche se cherche - la Grèce, la Grande-Bretagne, l’Espagne, le Portugal, l’Amérique de Sanders et, maintenant, la France avec l’affirmation progressive des Nuits debout dont les débats nocturnes sont en quête d’un autre chose encore indéfini.

Parce que l’économie s’est mondialisée, que les inégalités s’accroissent sur tous les continents et que l’angoisse sociale devient la chose la mieux partagée du monde, les échiquiers politiques sont partout en train de se modifier.

Au traditionnel affrontement entre droite et gauche succèdent l’émergence de nouvelles gauches égalitaristes, la réémergence d’extrêmes-droites nationalistes et le renforcement ou les balbutiements de grands centres dont Hillary Clinton et Emmanuel Macron sont les noms aux Etats-Unis et en France.

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