C’est fait. La quasi totalité des quinze pays membres de l’Union européenne se sont ralliés aux propositions franco-allemandes sur la Turquie. A Copenhague, vendredi, l’Union devrait donc décider d’attendre la fin 2004, deux ans, pour faire le bilan des réformes introduites, hier encore, par le gouvernement turc et décider alors d’ouvrir ou non, en 2005, des négociations d’adhésion qui ne sont pas jouées d’avance. L’Union va se donner ainsi le temps de digérer son élargissement aux pays d’Europe centrale, de modifier ses institutions et de voir comment évolue la Turquie. C’est une sage décision mais le plus important n’est sans doute pas là le désamorçage de ce dossier. Le plus important est que le compromis qui s’annonce ait été trouvé par la France et l’Allemagne, que Gerhard Schröder et Jacques Chirac n’aient pas eu plus de difficultés à le vendre à leurs partenaires qu’ils n’en avaient eu pour leur arrangement d’octobre sur la politique agricole, que le couple franco-allemand soit décidément de retour et que Français et Allemands s’apprêtent maintenant à présenter , en janvier, des orientations communes sur les institutions de l’Europe élargie. Dans ce domaine, leurs visions étaient, hier encore, opposées. Comme la plupart des autres pays membres, la France tenait à conserver la décision aux Etats-nations et à leurs dirigeants. L’Allemagne voulait au contraire affirmer un pouvoir fédéral, égal ou supérieur à celui des Etats existants. C’était l’Europe des Etats contre l’Europe fédérale, une vieille querelle reflétée par des propositions totalement différentes. D’un côté, les Français souhaitaient faire monter en puissance le Conseil européen, l’instance réunissant les chefs d’Etat et de gouvernements, et souhaitaient pour cela doter ce Conseil d’un président, élu par les dirigeants nationaux, dépendant d’eux et incarnant le pouvoir européen. De l’autre, les Allemands voulaient, eux, donner le pouvoir à la Commission européenne, instance dont les membres, les Commissaires, sont aujourd’hui désignés par les Etats mais indépendants d’eux car ils sont garants de l’intérêt commun et non pas des intérêts nationaux. L’idée allemande était en conséquence de donner plus de poids et de légitimité à la Commission en faisant élire son Président par le Parlement européen, c’est-à-dire par la majorité désignée par l’ensemble des électeurs européens. On ne faisait, à priori, pas plus inconciliables mais, désormais, ces positions se concilient car Français et Allemands veulent arriver à un accord, que les seconds réalisent que l’élection d’un Président européen, même issu du Conseil, fera faire un bond à l’unité politique européenne en l’incarnant et que les premiers, les Français, comprennent que les Etats n’ont rien à craindre d’une Commission élue dès lors que l’essentiel du pouvoir reviendra au Conseil. Rien n’est encore fait mais un grand compromis s’amorce, un compromis franco-allemand qui pourrait bien faire l’Europe de demain.

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