Henri Guaino faisait, hier, la une du Financial Times. Le FT, comme on l’appelle, lui accordait son plus gros titre, en gras, sur cinq colonnes, car le principal conseiller, la plume, de Nicolas Sarkozy, vient d’appeler à des changements de taille du fonctionnement et des politiques économiques de l’Union. L’Europe « est la seule région du monde à avoir dépolitisé ses décisions politiques et économiques », dit-il dans cette interview en appelant à un retour de la « volonté politique » dans l’Union qui ne devrait plus être, explique-t-il, une « machine tournant sur elle-même » mais se montrer plus flexible et pragmatique, plus sensible aux mouvements de l’opinion et aux évolutions du temps, plus ouverte, surtout, aux vues et à l’influence des élus nationaux. « On ne peut gouverner l’Europe en ne se fondant que sur des règles générales et automatiques fixées à l’avance », martèle-t-il en ajoutant que « l’Europe devrait collectivement débattre de ses affaires et en décider collectivement, comme cela se passe dans toutes les autres démocraties ». En clair, l’Elysée souhaite que même dans les domaines où les Etats membres ont délégué leurs pouvoirs, dans des cadres stricts et préétablis, aux institutions communes, Commission ou banque centrale, les gouvernements nationaux puissent continuer à faire entendre leur voix et peser sur les décisions. Il ne s’agit pas, là, d’une pétition de principes. Le propos est, au contraire, très concret puisque Henri Guaino avance trois propositions qui ont bien l’air d’exigences. Il veut, premièrement, que les dirigeants nationaux de la zone euro puissent avoir plus d’influence sur la Banque centrale européenne. « Pour le moment », dit-il, la France n’envisage pas de changements de statut de la Banque mais elle veut, deuxièmement, « renforcer la gouvernance économique » commune des pays de la monnaie unique afin qu’ils puissent débattre de tout avec la BCE, et, notamment de sa politique monétaire, autrement dit des taux d’intérêts, donc des rapports entre l’euro et le dollar. Quant à la troisième exigence avancée par l'inspirateur du président, elle porte sur une évolution de la politique de concurrence qu’il juge « parfaitement absurde » car, tandis que les Etats-Unis condamnent « l’abus de position dominante », l’Europe considère, dit-il, que toute entreprise en position forte ou dominante aura tendance à en abuser et que « cela place, dit-il, l’économie européenne en situation d’extrême infériorité vis à vis de tous les autres pays ». Ces salves ont été lancées pour marquer les réunions d’adoption, cette semaine, du nouveau traité institutionnel. Sitôt tournée cette page, l’Elysée s’attaque à de nouveaux changements en Europe que la gauche française souhaite aussi. L’Elysée avance là l’idée d’un élargissement des politiques communes mais décidées par les gouvernements nationaux et non plus par les seules institutions communes. C’est une position médiane, et nouvelle, dans l’Union. Un débat s’ouvre, favorisé par l’envolée de l’euro.

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.