Angela Merkel et son mari ont dîné, il a quelques semaines, au domicile privé des Sarkozy. Carla Bruni a servi elle-même le repas qu’elle avait elle-même préparé. Tout s’est si bien passé qu’Angela Merkel, à son tour, a invité les Sarkozy à venir découvrir sa cuisine. Entre le président et la chancelière, qui apprécierait beaucoup Carla, tout ne va pas si mal. Les couteaux ne sont pas tirés mais… ça ne va, notoirement, pas bien non plus – question de chimie et de politique à la fois. Le courant, d’abord, passe mal entre cette fille de pasteur et cet enfant de Neuilly qui se retrouvent, aujourd’hui, au Conseil européen. L’une est aussi réservée que l’autre volubile. L’un aime le luxe, l’autre la simplicité. L’un a toujours fait une arme de son impatience quand l’autre avance ses pions comme aux échecs, silencieuse et impénétrable. Ces deux-là n’ont rien pour s’entendre, pas même pour se battre, et la chancelière n’aime guère, en plus, que le président l’ait détrônée, car il l’a beaucoup fait. Face à un Jacques Chirac vieillissant, Angela Merkel, fraîchement élue, était la reine de l’Union quand Nicolas Sarkozy est entré à l’Elysée et, tout de suite, il eut à cœur de montrer qu’il était plus fait qu’elle pour le trône, obtenant la libération des infirmières bulgares sans rien demander à personne et tentant d’imposer son Union de la Méditerranée comme une armée de réserve de la France dans les rapports de force européens. Droit dans ses escarpins, Angela Merkel a réduit cette ambition à peu de choses. Elle a gagné la première manche mais, Géorgie et krach bancaire aidant, Nicolas Sarkozy a remporté la deuxième en trouvant et imposant des solutions à ces deux crises et la troisième manche est en cours. La chancelière a empêché le président de transformer l’eurozone en nouvelle instance européenne de décision politique mais elle n’arrivera pas à bloquer l’organisation de nouveaux sommets à ce niveau car ils s’imposeront d’eux-mêmes. Elle a refusé de s’associer à un plan de relance européen mais s’en est trouvée isolée, dans l’Union comme en Allemagne, et pourrait devoir accepter, bientôt, ce dont elle ne voulait pas. C’est une guerre de tranchées qui, bien au-delà d’Angela et de Nicolas, oppose la France et l’Allemagne. Unifiée, première puissance économique et démographique de l’Union, l’Allemagne ne veut plus se contenter du rôle de nain politique auquel la guerre l’avait cantonnée jusqu’à la chute du Mur. Elle veut peser dans l’Union, sans doute pas seule, mais d’un poids déterminant et cette ambition fait de l’ombre à la France qui s’est trouvé, en retour, de nouveaux appuis, à l’Est, au Sud et à même à l’Ouest, en Grande-Bretagne. Entre Paris et Berlin, dans l’Union, un nouvel arrangement se cherche et, bien plus qu’un choc de personnalités et de vraies divergences sur les réponses à apporter à la crise, c’est cela qui explique cet incessant bras de fer. Il était inévitable. Un équilibre en sortira un jour mais l’impétuosité de Nicolas Sarkozy, cette façon de toujours courir au sommet planter le drapeau, n’y aident pas.

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