Au long des jours à venir, l’actualité sera d’abord et essentiellement arabe. Demain mercredi, les « Amis de la Syrie », les pays arabes et occidentaux qui soutiennent l’insurrection syrienne, débattront à Marrakech de nouveaux moyens de lui venir en aide. A l’instar de la France, plusieurs d’entre eux devraient reconnaître la coalition qu’elle a formée comme seul représentant légitime du peuple syrien et, officiellement ou pas, ce gouvernement provisoire peut maintenant espérer que des armes lourdes lui soient livrées.

Cela devrait précipiter la chute de Bachar Al-Assad dont les troupes ne cessent déjà plus de céder du terrain. Cette réunion pourrait ainsi marquer le début de la fin de ce régime et le lendemain, jeudi, les projecteurs se braqueront sur la Tunisie où la grève générale à laquelle ont appelé les syndicalistes de l’UGTT pourrait être très suivie tant la situation sociale y est tendue. C’est un test qui attend ce jour-là les islamistes portés au pouvoir par les urnes il y a un an mais qui ont déçu, depuis, les attentes de beaucoup de leurs électeurs tout en braquant toujours plus le camp laïc dont la mobilisation ne se dément pas.

La Tunisie pourrait entrer ce jour-là dans une nouvelle phase politique et le surlendemain, samedi, les Egyptiens se prononceront par référendum sur le projet de Constitution dont leur président, Mohamed Morsi, a précipité la rédaction car le parti islamiste dont il est issu, les Frères musulmans, est en constante perte de vitesse. Sauf surprise de taille, le « oui » devrait l’emporter parce que les capacités organisationnelles des Frères sont bien supérieures à celle des laïcs mais, à l’heure du résultat, l’Egypte sera divisée comme jamais et les élections législatives qui suivront s’y annoncent difficiles pour les islamistes.

Lundi, enfin, il y aura deux ans qu’un marchand de légumes tunisien avait bouleversé le Proche-Orient en s’immolant par le feu. Les révolutions arabes abordent leur An III. Elles le font dans une situation qui demeure révolutionnaire, mais question : où peuvent-elles aller maintenant ?

Premier scénario, après avoir remporté leur référendum, les islamistes égyptiens donnent de vraies garanties aux laïcs, s’allient certains d’entre eux et, bon an mal an, stabilisent le pays avec l’aide des monarchies pétrolières et des Etats-Unis qui sont très tentés de jouer la carte de ces conservateurs libéraux et nullement jihadistes pour stabiliser la région. L’Egypte pourrait alors devenir un modèle de démocratie autoritaire et pro-occidentale dont, le jour venu, les Frères musulmans syriens pourraient, en s’en inspirant, faire un modèle régional.

Deuxième scénario, il n’y a pas de stabilisation égyptienne et moins encore tunisienne et toute la région, Syrie libérée en tête, connaît un long bras-de-fer entre laïcs et islamo-conservateurs dont la durée serait aussi longue que l’issue incertaine. Quant au troisième scénario, le plus inquiétant, il verrait la Syrie se fractionner en territoires communautaires et entraîner l’Irak puis la Jordanie dans une modification de toutes les frontières proche-orientales. La question kurde ressurgirait alors à l’échelle régionale et, bien sûr, jusqu’en Turquie. C’est le scénario de l’imprévisible mais il est tout, sauf exclu.

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