C’est le Premier ministre et ancien président russe, Dmitri Medvedev, qui le dit. Les sanctions occidentales ont « probablement fait perdre des dizaines de milliards de dollars », à la Russie, a-t-il expliqué, hier, à ses compatriotes au cours d’un entretien diffusé par plusieurs des chaînes de télévision nationales.

« Nos industries ne peuvent rien emprunter en Europe ou en Amérique », a-t-il expliqué avant de dresser un tableau particulièrement sombre d’une situation économique que dégradent également, a-t-il rappelé, la chute des cours du pétrole et l’effondrement du rouble qui continue, effectivement, de dégringoler chaque jour après avoir déjà perdu 40% de sa valeur par rapport au dollar et presque autant par rapport à l’euro.

Il n’y a pas là de révélations. On savait tout cela mais jamais un responsable d’aussi haut rang n’avait encore si clairement dit l’ampleur des difficultés auxquelles la Russie est maintenant confrontée. Ces déclarations sont d’autant plus frappantes que le Premier ministre ne s’est guère montré optimiste sur l’évolution des choses en se contentant d’affirmer que l’Asie était « généralement prête » prête à travailler avec la Russie, d’appeler les épargnants à ne pas « céder à l’hystérie » de la ruée sur les bureaux de change et de souhaiter une réduction du poids des exportations énergétiques dans l’économie russe.

Dmitri Medvedev aurait pu faire plus encourageant. Il aurait également pu expliquer, comme Vladimir Poutine la semaine dernière, que tout cela était une inéluctable conséquence d’un permanente volonté des Occidentaux de nuire à la Russie qui avait les moyens de faire face et toute la question est ainsi de savoir pourquoi il s’en est abstenu.

La première explication est qu’il sait que rien n’est parti pour s’arranger, que la Russie court, au contraire, à la récession et qu’il vaut mieux, dans ces conditions, annoncer le pire que bientôt susciter une colère en ayant aujourd’hui menti sur la réalité. C’est honnête et intelligent, C’est de bonne politique mais il est difficile de ne pas aussi voir là une façon de se démarquer sans le dire de Vladimir Poutine dont Dmitri Medvedev n’est pas la copie conforme, contrairement à ce que pensent la plupart des Russes et des Occidentaux.

Sa marge est plus qu’étroite mais, lorsqu’il avait du assumer la présidence à la place de Vladimir Poutine auquel la Constitution interdisait d’exercer un troisième mandat consécutif, cet homme n’avait cessé de plaider pour une modernisation démocratique de la Russie et son rapprochement avec l’Europe. Dans l’équipe au pouvoir, Dmitri Medvedev est la voix des milieux d’affaires, d’un argent qui s’inquiète de l’aventurisme de Vladimir Poutine et c’est dans ce camp qu’il vient de se ranger, à bas bruit mais clairement.

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