Où l'on voit les trois racines de la résurgence du nationalisme

Tous les nationalismes n’ont pas les mêmes causes et ne se ressemblent pas. Aux origines du nationalisme corse, il n’y a pas cette richesse de  la Catalogne ou de l’Italie du nord qui les pousse à vouloir garder leurs impôts pour elles plutôt que de les verser au pot commun. 

Le nationalisme des Chinois est une fierté retrouvée de grande nation qui veut maintenant s’affirmer. Celui des Russes est une volonté de ne plus reculer sur la scène internationale. Celui des Américains, « l’America first ! », l’Amérique d’abord, de Donald Trump, est né des déboires commerciaux des Etats-Unis face à la Chine et d’une fatigue devant la coûteuse vanité de ce rôle de gendarme du monde qu’ils assumaient depuis si longtemps. 

On se tromperait donc à mettre tous les  nationalistes dans le même sac mais lorsqu’on voit qu’ils ont remporté hier plus de 56% des voix en Corse, que les sondages ne les donnent qu’en très léger recul en Catalogne ou que la base électorale de Donald Trump lui reste totalement fidèle, force est de s’interroger sur les racines de ce phénomène. 

De loin la plus importante, la première d’entre elles est la fin de la Guerre froide qui, durant plus de 40 ans, avait largement gelé tous les autres conflits, devenus secondaires. En ce temps-là, on était tellement d’un camp ou de l’autre que les grands rivaux du Proche-Orient, par exemple, l’Iran et l’Arabie saoudite, étaient l’un et l’autre de fidèles alliés des Etats-Unis qui n’auraient jamais pensé à réveiller, pas ouvertement au moins, leur rivalité historique et religieuse. 

La Guerre froide avait ainsi fait oublier que l’Histoire est faite de conflits entre les nations et que le nationalisme, fauteur de guerres, est en quelque sorte l’état de nature des relations internationales, celui qu’il faut combattre avant qu’il ne nous fasse revenir aux temps mortifères. 

La deuxième racine de cette résurgence nationaliste est que la fin des empires coloniaux puis celle de la Guerre froide ont ouvert la voie à l’affirmation de puissances émergentes, à la formation de nouvelles alliances encore très mouvantes et à un recul, relatif mais certain, de la prééminence occidentale qui était le fait majeur de ces cinq deniers siècles. 

Le résultat de tout cela est que les puissants d’hier ont peur - voir l’Amérique – que ceux de demain jouent des coudes – voir la Chine ou l’Iran – que l’instabilité se développe partout et que le nationalisme est en hausse, comme projection de la nation ou repli sur elle-même. 

Quant à la troisième racine de ce phénomène, c’est la nostalgie, celle de temps révolus où chacun pouvait encore comprendre un monde aux configurations tellement anciennes qu’elles étaient familières à tous. Le monde d’aujourd’hui donne la migraine et la nation en est l’aspirine. 

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