Theresa May a dû renoncer hier de manière humiliante à faire voter au Parlement l’accord conclu avec les 27. Si l’impasse politique se prolonge, l’idée d’un second référendum fait son chemin…

La première ministre britannique Theresa May à Bruxelles le 25 novembre dernier, lors de l’adoption de l’accord sur le Brexit par les 27 autres pays de l’UE.
La première ministre britannique Theresa May à Bruxelles le 25 novembre dernier, lors de l’adoption de l’accord sur le Brexit par les 27 autres pays de l’UE. © AFP / EMMANUEL DUNAND / AFP

Dans le chaos politique britannique autour du Brexit, dont la journée d’hier a donné une nouvelle illustration, il y a une idée qui fait doucement son chemin : et si on annulait tout, et si le Royaume Uni restait dans l’Union européenne ? Hérétique et invraisemblable pendant très longtemps, réservée à quelques pro-européens acharnés, cette hypothèse prend des couleurs à mesure que le monde politique britannique s’enfonce dans l’impasse.

Hier, cette idée a reçu un coup de pouce avec une décision rendue par la Cour européenne de justice, la plus haute juridiction de l’Union européenne. La Cour a considéré qu’un pays qui a déclenché le fameux Article 50, celui qui donne le signal du départ d’un État-membre, pouvait retirer sa demande unilatéralement. Sans même consulter les autres membres de l’UE, à condition d’accepter de revenir dans les mêmes termes qu’avant.

Cette décision de la Cour ne change pas l’équation politique à Westminster, le Parlement britannique qui est en ébullition en ce moment, ni au 10 Downing Street, le bureau de la première ministre en sursis du Royaume. Mais elle signifie que cette option n’est pas aussi inimaginable qu’elle pouvait l’être il y a encore quelques semaines.

Theresa May refuse un second référendum, elle entend respecter le vote des citoyens lors du référendum de 2016, ce qui est à son honneur.

Mais ce que la journée d’hier a montré, c’est qu’il n’existe aucune bonne solution pour sortir de l’impasse. Theresa May a dû renoncer de manière humiliante à faire voter au Parlement l’accord conclu avec les 27, reconnaissant qu’elle n’avait pas de majorité. Elle va tenter d’obtenir des concessions de façade d’une Europe qui n’est pas disposée à renégocier. Ce qu’elle ramènera de sa tournée européenne risque fort de ne pas être plus acceptable aux députés.

Dans ce cas, quelles options reste-t-il ? Un Brexit sans accord le 29 mars prochain, dont tout le monde admet qu’il infligera des dégâts à l’économie du pays, ou un retour vers les électeurs, d’une manière ou d’une autre.

Une ministre de Theresa May a évoqué pour la première fois l’idée d’un second référendum comme un « plan B » en cas d’échec. C’est aussi ce que demande le parti écossais SNP, et une partie de l’opinion, arguant du fait que les conditions ont changé depuis 2016 : on connait désormais le coût de la sortie. Et il y a deux millions de jeunes électeurs supplémentaires depuis le référendum.

Il faudra sans doute que la crise politique s’enfonce à Londres et que l’impasse soit totale pour que les partis politiques acceptent la tenue d’un second référendum, basé sur des faits et pas des mensonges cette fois. Ce serait, pour eux, un aveu de faillite, mais n’est-ce pas déjà le cas après deux ans de tergiversations ?

« Brexit means Brexit », le Brexit c’est le Brexit disait Theresa May. Peut-être pas finalement… Qu’on s’en réjouisse ou qu’on le déplore, c’est en tous cas une possibilité.

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