Des milliers de documents obtenus par le "Washington Post" montrent comment généraux et politiques, sous trois administrations, ont menti au public pour cacher les errances d'une guerre considérée au plus haut niveau comme "ingagnable". Des révélations qui rappellent les "Pentagon Papers" de l'époque du Vietnam.

Fanfare de l'armée américaine en Afghanistan en 2018. Quatre administrations se sont succédées depuis l'intervention en 2001, une guerre "ingagnable", selon les documents du Washington Post.
Fanfare de l'armée américaine en Afghanistan en 2018. Quatre administrations se sont succédées depuis l'intervention en 2001, une guerre "ingagnable", selon les documents du Washington Post. © AFP / WAKIL KOHSAR / AFP

On a coutume de dire que la première victime de la guerre, c’est la vérité. C’est ce que démontrent, une fois, de plus, les documents sur l’Afghanistan révélés cette semaine par le « Washington Post »

Il y a près de cinquante ans, la presse américaine, et déjà le « Washington Post », publiait les fameux « Pentagon Papers », des documents qui révélaient les mensonges officiels sur la guerre du Vietnam et jouèrent un rôle-clé dans sa conclusion. 

On n’apprend rien de l’histoire, semble-t-il, puisque les mêmes causes ont produit les mêmes effets. Une guerre lancée pour de bonnes raisons, -le 11 septembre, la lutte contre Al Qaida…-, mais qui s’enlise et devient vite « ingagnable » - le mot est prononcé au plus haut niveau. Mais publiquement, il faut continuer à dire que la stratégie est la bonne, quitte à embellir les faits.

C’est de ça qu’il s’agit dans ces documents, qui ne sont pas des fuites comme les « Pentagon Papers », mais obtenus par des démarches juridiques comme seuls les États-Unis le permettent. L’effet est le même : les Américains accusent le coup, eux qui ont perdu 2300 soldats, fait des dizaines de milliers de morts afghans, dépensé des centaines de milliards de dollars en dix-huit ans de guerre, et ont toujours des troupes en Afghanistan.

Personne ne s’attend à ce que les militaires et les politiques disent toute la vérité en temps de guerre, ne serait-ce que pour protéger des opérations en cours. Mais lorsqu’on engage la vie de ses soldats, les citoyens et leurs représentants sont en droit de ne pas être menés en bateau.

Or sous trois présidents, républicains comme démocrates, la communication n’a pas eu grand rapport avec la réalité. Au point que le Secrétaire américain à la défense de l'ère Bush Jr, Donald Rumsfeld, le maître d’œuvre des guerres d’Afghanistan et d’Irak, est cité à plusieurs reprises dans ces documents, s’interrogeant sur une stratégie que lui-même ne comprend plus.

Et faute de savoir comment mettre fin à une guerre qui tourne mal, ou de pouvoir assumer un échec, on continue sur une voie sans issue. C’est l’histoire du Vietnam comme celle de l’Afghanistan. L’instinct de Donald Trump lui dicte de retirer ses troupes, mais lui non plus ne sait pas comment faire sans subir une défaite politiquement couteuse.

C’est une histoire universelle. Avant les Américains, ce sont les Soviétiques qui s’étaient enlisés en Afghanistan et mentaient à leur peuple, jusqu’à ce que le prix à payer n’en devienne trop lourd.

Ce débat résonne évidemment aussi avec ce que la France vient de subir au Sahel, avec la mort de treize hommes dans un accident d’hélicoptères au cours d’une opération anti-djihadistes. Depuis des mois, on assiste à une détérioration de la situation sécuritaire, sans vrai débat ; mais il a fallu la catastrophe du Mali pour que les questions surgissent.

Emmanuel Macron a invité les cinq présidents africains de la région sahélienne le 16 décembre à Pau pour un sommet de crise. Sans doute se pose-t-il les mêmes questions que les Américains depuis dix-huit ans, et que résume ainsi le « Washington Post » : « qui est l’ennemi, qui sont vraiment nos alliés, et comment saurons-nous quand nous avons gagné ? ». Au moins, les réponses à ces questions permettent de ne pas se mentir à soi-même.

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