Après les Émirats arabes unis, Bahrein et le Soudan, le Maroc et Israël vont établir des relations diplomatiques ; en échange, les États-Unis reconnaissent la souveraineté marocaine sur le Sahara ex-espagnol, un succès pour Rabat.

Image d'un passé qui revient : en décembre 1995 à Rabat, rencontre à visage découvert entre le Premier ministre israélien Shimon Pérès (à gauche) et le roi Hassan II du Maroc (à droite).
Image d'un passé qui revient : en décembre 1995 à Rabat, rencontre à visage découvert entre le Premier ministre israélien Shimon Pérès (à gauche) et le roi Hassan II du Maroc (à droite). © AFP / ABDELHAK SENNA / AFP

Jusqu’au bout, Donald Trump se sera montré efficace dans sa diplomatie transactionnelle entre Israël et le monde arabe. Après les Émirats arabes unis, Bahrein et le Soudan, voici donc le Maroc qui s’engage sur la voie de l’établissement de relations diplomatiques avec l’État hébreu.

Diplomatie transactionnelle, car les États-Unis offrent à chacun des pays qui reconnait Israël un « cadeau » significatif. Pour les Émirats, il s’agissait de la vente du dernier-né des avions de combat américains, le F-35 ; et pour le Maroc, c’est la reconnaissance par les États-Unis de la souveraineté de Rabat sur le Sahara ex-espagnol. Aux yeux du roi Mohamed VI, cette victoire diplomatique n’a pas de prix !

Dans les faits, cette annonce officialise les relations officieuses qu’entretiennent Israël et le Maroc depuis des décennies ; parfois au grand jour comme en attestent les photos de rencontres entre le roi Hassan II et des dirigeants israéliens comme Shimon Pérès et Yitzhak Rabin ; A la suite des Accords israélo-palestiniens d’Oslo, en 1993, il y avait même à Rabat une quasi-ambassade de l’État hébreu, fermée lorsque le processus de paix a périclité. 

Ces liens étroits sont facilités par la présence de plus d’un demi-million de juifs marocains en Israël, dont beaucoup visitent régulièrement leur ancienne patrie à laquelle ils restent très attachés.

Pourquoi officialiser ces relations ? Dans les lignes de fractures du monde arabe, le Maroc est proche des monarchies conservatrices du Golfe, qui se sont rapprochées d’Israël face à l’ennemi commun, l’Iran. 

Mais surtout, pour le Maroc, l’enjeu est le Sahara occidental, et la reconnaissance américaine constitue un énorme succès. L’ancienne colonie espagnole a été occupée par le Maroc lors de la « Marche verte » organisée par Hassan II en 1975. Ce fait accompli marocain s’est heurté à une résistance du Front Polisario, un mouvement armé indépendantiste soutenu par l’Algérie, éternel rival du Maroc.

45 ans après, le statut de l’ancienne possession espagnole n’est toujours pas réglé. Des négociations onusiennes sont enlisées, et il y a eu récemment un regain de tension avec le Front Polisario.

Carte du Sahara occidental, entre Maroc et Front Polisario
Carte du Sahara occidental, entre Maroc et Front Polisario © AFP / Adrian LEUNG / AFP

Donald Trump a-t-il conscience des antagonismes régionaux qu’il risque de réveiller ? A moins qu’il ait donné au Maroc la seule chose qui pouvait le décider à offrir au Président américain un ultime succès diplomatique.

L’État hébreu et son premier ministre, Benyamin Netanyahu, engrangent ces reconnaissances avec satisfaction car ils ne lâchent rien en retour.

Lorsque Donald Trump tweete que ces reconnaissances font avancer la paix au Moyen Orient, il vend du rêve, car aucun des pays ayant reconnu Israël n’a été en guerre directe avec lui ; et dans le cas du Maroc, il avait des relations quasi-officielles il y a déjà 25 ans. 

Les grands oubliés de ces reconnaissances sont évidemment les Palestiniens, là où le rapprochement israélo-marocain des années 90 avait justement été rendu possible par la paix d’Oslo. Une nouvelle fois, il semble plus facile de faire la paix à 5000 Km qu’avec ses voisins.

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