Il y a la bataille des chiffres et la bataille politique. La première compte, naturellement, mais à trop s’en tenir à l’argent, aux pourcentages et aux sommes que cela représente pour eux, les pays de l’Union oublieraient derrière l’arbre du budget européen la forêt du projet, de l’ambition qui porte les dépenses européennes et des bénéfices que l’ensemble des Européens peuvent en attendre. Quelques ordres de grandeur d’abord. Loin d’être un trou sans fond, le budget de l’Europe ne représente aujourd’hui qu’un pour cent du produit intérieur brut européen et la Commission européenne emploie moins de fonctionnaires que la seule mairie de Paris. On ne jette par l’argent par les fenêtres à Bruxelles. On y est au contraire si sourcilleux qu’une Commission, la précédente, avait été renversée sur la seule base de soupçons de malversations à l’encontre de l’un de ses membres, Edith Cresson, aujourd’hui en passe d’être totalement blanchie par la justice. Sous haute surveillance - du Parlement européen, de la presse et des Etats membres - la Commission est rigoureuse jusqu’au rigorisme mais cela n’avait pas empêché six des pays les plus riches de l’Union, l’Allemagne, la France, la Grande-Bretagne, les Pays-Bas, la Suède et l’Autriche, de lui demander par lettre, en décembre dernier, de plafonner le budget à son niveau actuel, au 1% d’aujourd’hui, pour la période allant de 2007 à 2013. Ces pays avaient argué de leurs propres difficultés, réelles, on le sait, et de la rigueur aussi que leur impose le Pacte de stabilité. Ils ne manquaient pas d’arguments qu’ils sont bien décidés à faire prévaloir mais il se trouve que l’Union s’élargit cette année à dix nouveaux membres. Ses ressources en seront étendues puisque ce 1% du PIB des vingt-cinq représentera plus d’argent que le même pourcentage du PIB des 15 mais si l’élargissement va accroître de 20% la population européenne, il n’augmentera le PIB communautaire que de 5%. Les dépenses vont, autrement dit, beaucoup plus augmenter que les recettes et comme si de rien de n’était, comme si elle n’avait pas reçu de lettre en décembre, la Commission a donc proposé, hier un budget en augmentation, qui représenterait en moyenne 1,15% du PIB. C’est un défi, un début de bras de fer entre Bruxelles et les pays européens les plus riches qui, déjà, font la grimace, mais où irait l’argent réclamé par la Commission ? A la recherche, à l’éducation et la formation dont la part triplerait sur sept ans, aux fonds structurels d’aide aux régions (plus 20%) ou encore à la protection des frontières et à la lutte contre l’immigration clandestine, la criminalité et le terrorisme, tous domaines où s’impose l’action commune et dont la part triplerait également. Il n’y a rien là d’inutile. Ce sont là des secteurs où l’investissement commun coûte moins cher que la somme des investissements nationaux. L’aide au développement des pays entrants profitera à tous en augmentant le pouvoir d’achat collectif, donc la croissance économique de l’Union. Les « radins », comme on dit à Bruxelles, jouent petits bras, additions et manque de vision.

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