Le pouvoir nord-coréen n’a pas rompu les négociations sur son arsenal nucléaire. Il s’en est retiré sine die. Ce n’est pas la même chose. Cela signifie qu’il ne ferme pas la porte à une solution diplomatique, mais fait monter les enchères en criant au monde et, d’abord aux Etats-Unis : « Retenez moi, ou je fais un malheur ! ». L’ennui est que, si importante soit-elle, cette nuance n’est guère rassurante. La Corée du Nord dit avoir la bombe. Il est probable que cela soit vrai et la certitude est qu’elle a les moyens d’en produire et dispose de missiles capables de frapper le Japon, la Corée du Sud et les forces américaines en Asie. Le problème est si réel qu’aucune capitale au monde n’en conteste la gravité. Il est d’autant plus inquiétant que le régime nord-coréen, dictature ubuesque aux racines communistes, est en faillite économique, internationalement isolé, totalement imprévisible et que son unique ambition est de ne pas mordre la poussière. Il n’a, autrement dit, pas grand-chose à perdre car son seul espoir de se maintenir est de monnayer sa survie contre une réduction des menaces que son arsenal lui permet de brandir. Face à ce cauchemar, la seule chose à faire est de négocier. Les Etats-Unis eux-mêmes en sont conscients mais, outre qu’à s’engager sur cette voie, on risque de donner des idées d’invulnérabilité nucléaire à d’autres régimes, la Corée du Nord ne se manie pas aisément. Non seulement elle veut de l’argent, du pétrole et des garanties de sécurité mais elle ne plaisante pas. Elle exige aussi qu’on la ménage, qu’on surveille ses mots lorsqu’on parle d’elle, et c’est le message qu’elle vient d’envoyer là. Ce dernier coup d’éclat, le dernier en date, est en effet une riposte directe à son inclusion par Georges Bush dans la liste des « avant-postes de la tyrannie », au vote par le Congrès d’une loi de soutien aux dissidents nord-coréens et à des démarches, la semaine dernière, d’un diplomate américain qui était allé à Pékin, Séoul et Tokyo, accuser la Corée du Nord d’avoir vendu de l’uranium enrichi à la Libye en 2001. « Ne vous amusez pas à ça », vient de dire ainsi Pyongyang et, depuis hier, la plus grande puissance du monde et cet Etat aux abois sont dans une situation de dissuasion réciproque. La Corée du Nord ne peut guère aller plus loin mais les Etats-Unis sont, eux, contraints de faire le dos rond car ils sont occupés en Irak, préoccupés par l’Iran et que le régime nord-coréen dispose, en plus de ses bombes, d’une puissante armée conventionnelle. D’une manière ou d’une autre, les négociations devraient reprendre mais, difficulté dans la difficulté, le seul pays qui puisse vraiment s’entremettre et recoller les morceaux est la Chine. Or non seulement les Chinois ne le feront pas pour rien, non seulement ils en profiteront au minimum pour encore rehausser leur stature internationale, mais ils ne sont pas forcément disposés à faire de grandes pressions sur Pyongyang. S’ils ne veulent pas que les Nord-coréens fassent n’importe quoi, ils ne veulent pas non plus que ce régime s’effondre car ils ne veulent ni de millions de réfugiés chez eux ni d’une réunification de la Corée, d’un puissant rival à leurs frontières. Ce siècle sera asiatique.

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