Le malaise ne cesse plus de grandir en Iran. D’un côté, Mahmoud Ahmadinejad et ses partisans, le Président et l’aile la plus inquiétante du régime ; de l’autre, le front uni de leurs opposants – la bataille est si patente, déclarée, incertaine que, pour la première fois dans l’histoire de la République islamique, les Gardiens de la Révolution, la force militaire sur laquelle repose ce régime, sont directement intervenus dans le débat politique. A cinq semaines des prochaines législatives, leur chef, le général Jafari, a publiquement déclaré à ses troupes que « pour poursuivre sur la voie de la révolution, le soutien aux défenseurs des principes était nécessaire, inévitable, un devoir divin de tous les groupes révolutionnaires ». En clair, Dieu ordonne de défendre Ahmadinejad et cet appel est d’autant plus préoccupant que le général Jafari contrôle, en plus des Gardiens de la Révolution, la très nombreuse et puissante milice des « bassidjis », préposée à la surveillance des quartiers et des bonnes mœurs. On n’en est pas encore au coup d’Etat. Ni le haut clergé ni le Guide suprême, l’ayatollah Khamenei, premier personnage du pays, ne le toléreraient. Ils y perdraient leur rôle d’arbitre entre les différents courants du régime. Ce serait leur fin politique, le passage d’une dictature religieuse encadrant les institutions de la République à une simple et banale dictature militaire mais les Gardiens de la Révolution ont rompu, là, avec tout semblant de neutralité et c’est tellement inquiétant que le petit-fils de l’iman Khomeiny s’est aussitôt élevé contre cette dérive. Seul descendant vivant du fondateur de la République islamique, totalement intouchable à ce titre, Hassan Khomeiny, l’hodjatoleslam Khomeiny, a rappelé, hier, sans attendre une seconde, la mise en garde de son grand-père contre l’entrée des militaires en politique. « L’un des critères les plus importants pour savoir si on suit la voie tracée par l’iman, a-t-il déclaré, est de savoir si des militaires sont ou non présents en politique. Ceux qui prétendent être fidèles à l’iman, a-t-il ajouté, doivent être très sensibles à cet ordre émanant directement de lui ». Cela peut peut-être calmer le jeu, pour un temps, mais le problème est que Mahmoud Ahmadinejad et ses partisans se sentent aux abois. Non seulement ce Président a totalement déçu les laissés-pour-compte auxquels il avait promis de les sortir de la misère, non seulement les classes moyennes le vouent aux gémonies en raison des sanctions internationales qu’il a attirées à l’Iran mais il a, également, réussi à unir contre lui les réformateurs, les réalistes et une bonne partie des conservateurs, la majorité des plus grandes figures du régime qui font désormais front derrière l’ancien Président Rafsandjani, le Talleyrand iranien. Mahmoud Ahmadinejad se sent si menacé que ses hommes ont refusé d’enregistrer les candidatures aux législatives du 14 mars de plus de deux mille de ses opposants. Le scandale a été tel, jusque dans le Parlement sortant, que certains de ces refus pourraient être levés mais rien ne va plus à Téhéran.

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