Percée à Téhéran, blocage à Jérusalem, le Proche-Orient devient plus complexe que jamais. Tandis que les législatives israéliennes débouchaient hier sur une confusion politique, l’Iran - ce qui est autrement plus important - s’est dit « prêt » à un dialogue direct avec les Etats-Unis. L’homme qui l’a annoncé est le président de la République, Mahmoud Ahmadinejad, le plus radical des dirigeants iraniens. L’instant choisi pour cette annonce, le trentième anniversaire de la révolution islamique, était solennel. Cela signifie que plus aucun des courants de la théocratie chiite ne refuse la main tendue par Barack Obama qui ainsi réussi, en trois semaines, à amener l’Iran à la recherche d’une normalisation avec Washington. Il y est parvenu en sachant très vite détendre les relations des Etats-Unis et de la Russie. L’Iran a vu qu’il ne pourrait plus profiter des divisions des grandes puissances et que son intérêt, sa Raison d’Etat, lui commandait de négocier avant de se heurter à une pression unanime, et de plus en plus forte, du Conseil de sécurité. Ces négociations ne seront pas faciles. Tout reste à faire mais tout le paysage proche-oriental pourrait en être modifié. Pour peu qu’elle donne des garanties sur l’abandon de ses ambitions nucléaires, la République islamique pourrait maintenant obtenir la levée des sanctions économiques qui l’excluent, depuis trente ans, des échanges internationaux. L’ancienne Perse pourrait alors s’atteler à la modernisation de ses réserves de gaz et de pétrole, profiter de son potentiel, s’enrichir, calmer le mécontentement social qui menace son régime et acquérir un statut de puissance régionale en contribuant à l’apaisement des crises irakienne, afghane et israélo-palestinienne. Il s’agit, là, d’un tournant capital mais tout s’est compliqué, le même jour, à Jérusalem. Tout n’est pas noir dans ce vote des Israéliens. Annoncés perdants, les centristes de Kadima, le parti de Mme Livni, auront finalement un siège de plus que la droite, le Likoud de Benjamin Netanyahu. Créditée par les sondages d’une vingtaine de mandats, l’extrême droite d’Avigdor Lieberman n’en a obtenu que quinze. La radicalisation à droite de l’électorat israélien est beaucoup moins nette qu’on ne le disait mais le problème est qu’Israël paraît désormais ingouvernable. Bien qu’en tête, Tzipi Livni n’a pas assez d’alliés à gauche pour pouvoir former une majorité. Bien qu’il dispose d’assez d’alliés à droite pour pouvoir constituer une large coalition, Benjamin Netanyahu se retrouve otage d’extrémistes avec lesquels il lui serait difficile de gouverner. La logique serait que le centre et la droite s’allient mais ni Kadima ni le Likoud ne se résoudront aisément à céder à l’autre le poste de Premier ministre. Les tractations seront longues. Elles ne pourront déboucher que sur une solution bancale, très peu favorable à une reprise des négociations avec les Palestiniens, eux-mêmes profondément divisés entre les islamises du Hamas et le Fatah de Mahmoud Abbas. L’immense paradoxe est que la clé de l’évolution régionale est maintenant … à Téhéran.

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