La grande affaire n’était pas celle qu’on a dit. A l’issue, vendredi après-midi, de cet interminable Conseil européen consacré au prochain budget pluriannuel de l’Union – vingt-sept heures de marchandages continus et autres « retenez-moi ou je fais un malheur » – tout le débat a été de savoir qui avait remporté cette bataille.

Etait-ce Angela Merkel, la chancelière allemande ? David Cameron, le Premier ministre britannique ? François Hollande, le président français, ou bien encore, c’était l’avis d’un grand quotidien, Angela Merkel et David Cameron qui auraient imposé l’austérité à François Hollande ? Les trois thèses sont en fait plaidables puisque chacun des trois, comme il se doit dans tout compromis, a marqué des points mais sans pouvoir imposer son point de vue initial.

David Cameron peut se targuer d’avoir légèrement réduit le montant des engagements européens par rapport au budget précédent mais sans le faire descendre, et loin de là, jusqu’aux 840 milliards sur sept ans qu’il avait espérés. François Hollande peut se féliciter d’avoir empêché la Grande-Bretagne de couper les vivres à l’Union et d’avoir sauvé les intérêts français, agricoles au premier chef. Quant à Angela Merkel, elle peut s’enorgueillir d’avoir été au cœur de tous les arbitrages, s’appuyant alternativement sur Paris et Londres pour faire prévaloir une ligne de modération des dépenses qui n’allait pas jusqu’à priver l’Europe de tout moyen d’action.

Dans ce Conseil, la seule vraie perdante aura été l’Europe, déchirée entre des visions contradictoires de son avenir et plombée par les égoïsmes nationaux sauf… Sauf que les chefs d’Etat et de gouvernement ne s’étaient pas encore dit au revoir que le Parlement européen est entré en scène pour leur demander, et sèchement, de revoir leur copie. Non seulement ce Parlement qui a le pouvoir de rejeter un projet de budget à la majorité qualifié a aussitôt déclaré qu’il ne le voterait pas « en l’état » mais il l’a fait par la voix des présidents de ses quatre principaux groupes, les socialistes, les conservateurs, les libéraux et les Verts.

L’événement n’était pas le compromis de Bruxelles puisque ce compromis, désormais caduc, est à renégocier avec les élus européens, avec la représentation paneuropéenne dont les quatre principales forces ont unanimement estimé que, nécessité de la rigueur ou pas, ce budget était insuffisant, que l’Europe avait besoin d’investissements à long terme qui viennent soutenir la croissance, que ces investissements devaient être européens afin d’être solidaires et d’affirmer des politiques communes et qu’il n’était plus tolérable, surtout, que les Etats négocient entre eux l’avenir de l’Union, sans prendre en compte l’avis de sa seule institution démocratique, le Parlement, dont ils se soucient, de fait, comme d’une guigne.

Discrètement souhaité par François Hollande qui ne s’était pas rendu pour rien mardi dernier à Strasbourg, c’est dans un putsch légal que viennent de se lancer les eurodéputés afin de faire prévaloir leur mandat et l’intérêt commun de l’Europe contre les tractations du Conseil et le court-termisme des Etats. La bataille ne fait que commencer. Elle sera rude mais, vive le Parlement !

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