Ce pourrait être le début d’un sursaut et c’est, certainement, un signe des temps. L’Union, la désunion européenne faudrait-il dire, va si mal que ses six pays fondateurs viennent de se réunir à Rome, là même où ils avaient signé son premier traité il y aura bientôt soixante ans.

Se déclarant « préoccupés par l’état du projet européen », leurs ministres des Affaires étrangères se sont dits, mardi, « résolus à poursuivre le processus de création d’une union toujours plus étroite » qui reste, ont-ils répété, « la meilleurs réponse » aux défis d’aujourd’hui mais…

Mais l’Union « permet différents chemins vers l’intégration », ont-ils ajouté dans le même souffle. La France et l’Italie, l’Allemagne et la Belgique, les Pays-Bas et le Luxembourg viennent autrement dit de se prononcer pour une Europe à plusieurs vitesses, idée défendue depuis longtemps par nombre de personnalités et d’hommes politiques, idée qui est déjà devenue réalité dans bien des domaines, notamment monétaire, mais idée qui n’avait pourtant jamais été si solennellement prônée comme moyen d’aller plus loin, plus vite.

C’était un tabou car l’objectif devait être de marcher d’un même pas plutôt qu’en ordre dispersé mais aujourd’hui que la dispersion est si patente qu’il n’y a plus qu’à l’organiser, le tabou tombe et c’est tant mieux.

Cette déclaration de Rome est donc une première étape, un signal envoyé par les fondateurs aux autres Etats membres susceptibles de se joindre à eux sur la voie d’une plus grande intégration. C’est également une manière de serrer les rangs avant qu’une éventuelle mais très envisageable sortie britannique de l’Union ne soit trop vite perçue comme le début de sa fin.

C’est aussi une réponse à l’impatience de l’Italie dont le Premier ministre, Matteo Renzi, ne cesse de demander une mobilisation générale autour de la reconstruction de l’Union. C’est tout cela en même temps mais c’est avant tout, et c’est l’essentiel, la prise en compte des interrogations des citoyens européens qui ne comprennent plus, où va cette Union à 28, réunissant trop de pays aux aspirations et aux niveaux de vie différents et donc ingouvernable car paralysée par ses désaccords.

C’est dans cette absence de lisibilité du projet qu’est la première raison du désamour des Européens pour l’Europe et, par leur déclaration de mardi, les six Etats fondateurs donnent à voir qu’il s’agit désormais de créer une union dans l’Union, une union viable et toujours plus étroite de pays semblables au sein d’un Marché commun réunissant des pays qui le sont moins.

Ce n’est pas fait. La route sera semée d’embûches mais, outre que les Européens ne peuvent plus continuer à se désunir au moment où les menaces grandissent à leurs frontières orientales et méridionales, Français et Allemands travaillent à un projet de resserrement politique de la zone euro qu’ils devraient présenter cet été. L’Europe à plusieurs vitesses est la dernière chance de l’Union et chacun finit par le comprendre.

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