Diminué depuis un AVC en 2013, le Président algérien se représente à l’élection présidentielle du 18 avril. Il reste indispensable à l’équilibre du pouvoir entre les clans qui dirigent l’Algérie.

Le président Abdelaziz Bouteflika a voté en chaise roulante le 4 mai 2017, aux élection législatives à Alger. Il se représente pour un cinquième mandat à la tête de l’État.
Le président Abdelaziz Bouteflika a voté en chaise roulante le 4 mai 2017, aux élection législatives à Alger. Il se représente pour un cinquième mandat à la tête de l’État. © AFP / RYAD KRAMDI / AFP

Des citoyens algériens ont récemment voulu offrir un cheval au Président Abdelaziz Bouteflika. La cérémonie a eu lieu en présence … d’une photo du Président. La scène a fait le tour de l’internet algérien : « ils auraient pu mettre un hologramme, ça fait plus moderne », a ironisé un internaute, avec cet humour qui est l’ultime refuge des Algériens en cette période irréelle.

Abdelaziz Bouteflika a donc officialisé sa candidature à un cinquième mandat, ou plutôt un communiqué l’a fait pour lui car le Président, victime d’un Accident vasculaire cérébral en 2013, est dans l’incapacité de prononcer un discours. Il ne s’est pas adressé publiquement aux Algériens depuis mai 2012.

Et pourtant, à 82 ans, président depuis vingt ans, il reste indispensable à l’équilibre entre les clans au pouvoir dans ce pays à l’opacité absolue. Et sa victoire ne fait aucun doute le 18 avril.

Ses rares apparitions montrent un homme considérablement affaibli depuis l’ulcère qui manqua de l’emporter en 2005, et surtout l’AVC qui l’a immobilisé trois mois à Paris en 2013.

En 2016, lors d’une visite à Alger de Manuel Valls, une photo de sa rencontre avec Abdelaziz Bouteflika tweetée par le premier ministre français, avait fait scandale car le président algérien avait les yeux hagards. 

L’an dernier, Bernard Bajolet, ancien ambassadeur de France à Alger et ex-patron de la DGSE, le service de renseignement français, avait également fait des vagues en déclarant au Figaro : "le président Bouteflika, avec tout le respect que j'éprouve pour lui, est maintenu en vie artificiellement". Face à l’émotion suscitée, il avait dû préciser sa pensée quelques jours plus tard : "Soyons clair, je souhaite longue vie au président Bouteflika: je ne suggère donc pas qu’on le débranche. Mais cette momification du pouvoir algérien sert certains groupes qui espèrent continuer à s’enrichir".

En Algérie, le sujet est un tabou officiel, même si la rue et les réseaux sociaux bruissent de toutes les rumeurs et de tous les commentaires sur la santé du Président.

De fait, cette élection ne change pas grand-chose. De nombreux Algériens regrettent qu’elle n’ait pas donné l’occasion d’assurer une succession en bon ordre, et qu’elle ne soit que la répétition de celle de 2014, alors que le Président était déjà malade.

La succession, puisqu’elle aura bien lieu un jour, se fera donc dans l’opacité des cercles du pouvoir. Un personnage y occupe une place centrale : Saïd Bouteflika, le frère cadet du chef de l’État, officiellement conseiller ; mais de fait il contrôle l’accès au Président.

Peut-il succéder à son frère ? Certains lui en prêtent l’ambition, d’autres affirment que l’armée n’acceptera jamais un pouvoir dynastique ; l’armée qui reste omniprésente malgré les départ de certaines têtes et l’usure d’une génération.

Les Algériens, dont la moitié a moins de 27 ans, n’attendent pas grand-chose de cette macabre continuité. Ce n’est une bonne nouvelle ni pour l’Algérie, ni pour ses voisins.

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