Annegret Kramp-Karrenbauer devait succéder à terme à "l'éternelle chancelière" : encore raté ! Décidément, la liste des "successeurs" possibles abattus en plein vol s'allonge. La question est donc : comment "tuer la mère" ?

Un petit tous dans la cour des grands et puis s'en va : Annegret Kramp-Karrenbauer, dite AKK, la successeure désignée d'Angela Merkel à la tête de la CDU, aura « duré » à peine 14 mois avant de remettre son mandat à la disposition de son parti.

D'abord, on l'oublie, mais AKK est loin d'être seule dans cette tempête politique : le pendant social-démocrate de la CDU, le SPD, avait lui aussi perdu en juin dernier, après à peine 13 mois à sa tête, sa secrétaire générale, Andrea Nahles. Donc balle au centre.

Les raisons pour lesquelles ces deux femmes politiques ont chuté sont assez symétriques : d'un côté, l'extrême-droite de l'AFD qui grignote l'électorat conservateur et de l'autre, les Verts ou Die Linke, qui prive d'air le SPD : comment répondre à ce double défi ?

Or, que ce soit au SPD ou à la CDU, le débat n'a jamais vraiment été tranché et lorsque, comme en Thuringe la semaine dernière, la CDU locale accepte de s'entendre avec l'AFD, c'est la direction de la CDU qui paie ce que tout le monde appelle un manque d'autorité.

Voilà pour les affres de la politique allemande. Mais le vraie question est ailleurs. La vraie question, c'est – et depuis 15 ans qu'elle est chancelière – comment succéder à Angela Merkel ? Il faut dire que l'éternelle chancelière n'est pas d'un grand secours pour les siens...

La "stratégie de l'abrasion" à l'oeuvre

D'abord, les faits : Annegret Kramp-Karrenbauer n'est pas la première à prendre date et à vouloir débarquer Téflon Merkel. Les 15 dernières années de la vie politique allemande  ressemblent même à un cimetière des ambitieux abattus en plein vol par la chancelière

Citons Wolfgang Schäuble, l'inflexible ministre de l'Economie, qui a longtemps été plus populaire qu'elle ; qui a semblé défier son pouvoir entre 2015 et 2017 et qui, finalement, lessivé, s'est replié sur la présidence du Bundestag. Loin de la chancellerie.

En fait, la méthode d'Angela Merkel pour se débarrasser de ses concurrents est toujours la même : les laisser partir devant et se brûler les ailes tout seul pendant qu'elle fait le dos rond. On appelle ça en Allemagne, la « stratégie de l'abrasion ».

L'idée c'est : « les ennuis pour les autres, les succès pour Angela ». C'est exactement ce qu'il s'est passé avec AKK : depuis un an, les ennuis électoraux, les gaffes partisanes, les maux de tête régionaux, c'était pour Annegret qui a plongé dans les sondages.

Depuis quelques semaines, elle émargeait péniblement à la 14e place des hommes et femmes politiques allemands les plus populaires. Son concurrent conservateur, au sein du parti M. Merz, est en 4e position et Angela Merkel, toujours en tête.

Le problème, c'est que cette fois-ci, cette méthode véritablement darwinienne celle-là, pour gérer la concurrence, affecte pour la 1ère fois Angela Merkel elle-même. Pour la simple raison que c'est la chancelière qui semblait avoir désigné AKK.

Voilà donc Angela affaiblie et les ambitieux rodent.Or à la CDU, plus personne ne veut subir le sort de Wolfgang Schäuble ou d'AKK. Tous savent qu'il va falloir « tuer la mère » et donc, la remplacer à la tête de la CDU mais lui ravir aussi la chancellerie.

Il leur reste une année devant eux, puisque Angela Merkel a signifié elle-même la fin de son mandat à la tête de l'Allemagne à 2021. A moins qu'après avoir épuisé une fois de plus un ou une successeur, Angela Merkel, qui aura fait le dos rond, ne s'impose comme la seule solution viable. Comment disait Angela Merkel sur un tout autre sujet ? Wir Schaffen das, nous y arriverons !

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