Un pont aérien entre la Chine et l’Afrique vient de démarrer, pour amener les premières doses de vaccins chinois aux pays africains qui en sont encore privés. Un atout de « soft power » pour Pékin, alors que les Occidentaux sont absents, toujours aux prises avec la pandémie.

En juin dernier, le numéro un chinois Xi Jinping avait participé en visioconférence à un Sommet avec les chefs d’État africains, en pleine pandémie de covid-19. La Chine a commencé à envoyer ses vaccins en Afrique.
En juin dernier, le numéro un chinois Xi Jinping avait participé en visioconférence à un Sommet avec les chefs d’État africains, en pleine pandémie de covid-19. La Chine a commencé à envoyer ses vaccins en Afrique. © AFP / Huang Jingwen / XINHUA / Xinhua via AFP

Les vaccins ont-ils une nationalité ?... De toute évidence, oui, il suffit de suivre les débats sur ce sujet depuis le début de la pandémie, et surtout depuis que le premier vaccin anti-covid est apparu. Il existe assurément une "diplomatie" ou un "nationalisme" des vaccins, et même un « soft power des vaccins », c’est-à-dire en faire un outil d’influence.

S’il est un pays qui a très vite compris l’enjeu, c’est la Chine. Elle a été l’origine du problème, et veut aujourd’hui s’imposer comme LA solution, avec tous les avantages politiques qui s’y attachent. Samedi, un premier avion de la compagnie Ethiopian Airlines spécialement aménagé a effectué la liaison entre Pékin et Addis Abéba, rempli de doses de vaccins chinois, ensuite acheminées au Tchad.

C’est le début d’un pont aérien organisé par la compagnie éthiopienne et par une filiale du géant chinois Alibaba.com : le vaccin de la société d’État Sinovac est ainsi le premier à toucher des pays et des populations restés jusqu’ici totalement à l’écart de la frénésie de vaccination qui atteint principalement les pays du Nord. C’est une bonne nouvelle pour les populations concernées, mais il serait naïf d’en ignorer la dimension politique.

La Chine est très présente en Afrique depuis bientôt vingt ans, et y a déployé ses « nouvelles routes de la soie », qui ont fait de Pékin le premier partenaire commercial de la plupart des États africains. Mais cette présence n’est pas toujours très bien acceptée, et le vaccin offre à la Chine l’occasion de se présenter comme « le meilleur ami du continent noir ».

C’est d’autant plus facile que les Européens, comme les Américains, en sont encore à se débattre avec la pandémie quand la Chine a réussi à la maîtriser et est moins pressée de vacciner. Résultat : aucun pays occidental n’est aujourd’hui en mesure d’étendre la vaccination aux pays les plus démunis, et la promesse d’action collective dans le cadre de l’OMS n’est pas encore visible sur le terrain.

Pendant que les premiers vaccins chinois arrivaient en Afrique, Emmanuel Macron était en visio-conférence avec le Directeur Général de l’OMS, pour faire le point sur l’initiative COVACS, devant justement fournir des vaccins aux pays en développement. Selon l’Élysée, le président a insisté pour que « les résultats tangibles de l’effort collectif » se voient rapidement. Mais pour l’instant, ce sont les vaccins chinois qui font les titres de la presse africaine.

L’important est évidemment que tout le monde soit vacciné pour maîtriser la pandémie ; mais le contraste entre les efforts de Pékin et l’absence des Occidentaux fournit à la propagande chinoise un argument de choix.

Si la Chine réussit son effort auprès de l’Afrique, mais aussi d’autres parties du monde privées de vaccins, comme les Balkans, ou même la Hongrie, elle aura remporté une immense victoire de « soft power », cette influence douce qui lui fait défaut.

Dans le « monde d’après », la Chine sera non seulement sortie renforcée après une année 2020 où elle aura été le seul grand pays en croissance ; mais aussi avec l’image positive du pays qui aura aidé le monde à surmonter le fléau. Cela pèsera lourd dans la redéfinition des équilibres géopolitiques de demain.

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