Il ne suffit pas de constater. Il ne suffit pas de voir que l’espoir d’un règlement définitif du conflit israélo-palestinien n’a jamais été aussi grand. Il faut aussi voir à quelles conditions cet espoir pourrait se concrétiser et force est d’admettre qu’elles ne sont pas encore réunies. Sauf catastrophe absolue, assassinat d’Ariel Sharon ou de Mahmoud Abbas, l’embellie va durer. Elle durera quelques mois, jusqu’à l’été peut-être, mais, dès les semaines à venir, les difficultés viendront. Côté palestinien, la population voudra voir s’améliorer sa vie quotidienne, le chômage régresser et les barrages s’assouplir. Les deux choses sont liées car la vie économique est paralysée par l’impossibilité de circuler librement, sans permis à constamment renouveler et sans longues heures d’attente à chaque point de contrôle. Or les barrages ne seront pas levés. Ils ne le seront pas car aucun gouvernement israélien ne pourrait prendre cette responsabilité tant que la menace d’attentats demeurera. Cela signifie que Mahmoud Abas risque de vite décevoir ses électeurs et que les mouvements les plus radicaux, Hamas en tête, commenceront à murmurer sous peu qu’il n’y a décidément pas, quel qu’en soit le coût, d’autre voie que la lutte armée. Les attentats reprendront. Le gouvernement israélien reprochera alors au nouveau Président palestinien de ne pas s’être attaqué aux organisations terroristes et comme il ne pourra pas le faire sous peine de commettre un suicide politique, la situation se dégradera. Côté israélien, rien n’est simple non plus. Ariel Sharon va s’en tenir à son plan d’évacuation de Gaza. Il devrait même en accélérer la mie en œuvre mais la résistance des colons sera vive. Il devra employer la force et ne pourra donc pas ne pas riposter parallèlement à quelque violence palestinienne que ce soit. D’ici le printemps, Ariel Sharon et Mahmoud Abbas seront passablement exténués et si le monde ne prend pas en main la relance du processus de paix, cette occasion peut être bientôt manquée. L’Union européenne et les Etats-Unis doivent agir mais comment ? L’impératif n’est pas de forcer le mouvement en précipitant la convocation d’une conférence internationale. Il faut laisser les choses se faire, les esprits évoluer mais comment parer l’autre danger, celui de l’enlisement ? Il faudrait, pour cela, qu’Américains et Européens parlent d’une seule voix, mettent tout leur poids commun dans la balance en réaffirmant ensemble, lors de leur sommet de février, les objectifs de la Feuille de route, du plan qu’ils ont proposé, en 2003, avec les Nations-Unies et la Russie et qui prévoit, dans des conditions à négocier, la création d’un Etat palestinien dans les frontières de 1967 et la reconnaissance d’Israël par l’ensemble du monde arabe. Les mois à venir s’inscriraient alors dans une perspective de paix, garantie par les puissances occidentales.Il y aurait un horizon au nom duquel les Américains pourraient faire pression sur les Israéliens et les Européens sur les Palestiniens. Les embûches n’en seraient pas levées mais au moins saurait-on qu’au bout du chemin, il y a la vraiment la paix.

L'équipe
Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.