Dans ce que Georges Bush vient de dire aux Américains, une chose est malheureusement indéniable. « Une défaite en Irak, disait-il cette nuit, constituerait un désastre pour les Etats-Unis. Les extrémistes de l’Islam radical en seraient renforcés et attireraient de nouvelles recrues. Ils seraient en meilleure position pour renverser des gouvernements modérés et financer leurs ambitions par les revenus du pétrole. L’Iran en serait encouragé dans sa quête aux armements nucléaires et nos ennemis disposeraient, a-t-il poursuivi, d’un refuge sûr à partir duquel planifier et lancer des attaques ». Tout cela est vrai. Une défaite des Etats-Unis serait une victoire des islamistes et plongerait tout le Proche-Orient dans un conflit régional profondément menaçant pour le monde mais ce constat appelle deux questions. La première est de savoir si ce n’est pas cette guerre qui a créé cette situation est la réponse est évidemment « oui ». Non seulement les dangers contre lesquels Georges Bush vient de mettre en garde sont la conséquence directe de la folie qu’avait été sa décision d’intervenir en Irak mais tout ce qui se passe aujourd’hui, le piège qui s’est refermé sur les Etats-Unis, la guerre civile irakienne, la montée de l’Iran et de ses alliés chiites – tout cela avait été prévu par tous ceux qui avaient désespérément tenté de le dissuader de se lancer dans cette aventure. D’où la seconde question : le Président dont l’aveuglement a conduit à cette tragédie est-il bien à même de trouver les moyens d’en sortir ? La réponse est évidemment « non » mais cet homme étant encore en place pour deux ans, ce sont, pour l’heure, ses solutions qui s’imposent. Elles sont pas à la hauteur du danger car ce ne sont ni l’envoi de 20 000 soldats de plus ni les injonctions faites au gouvernement irakien de tendre la main aux sunnites et partager avec eux les revenus du pétrole qui changeront la donne. La dernière des choses à faire serait, c’est vrai, de prendre la fuite mais il ne sert à rien de déployer des missiles patriotes, de dépêcher un nouveau porte-avions et de hausser encore le ton vis-à-vis de l’Iran et de la Syrie si, parallèlement, les Etats-Unis ne travaillent pas à un compromis régional qui devra passer par des négociations avec l’ensemble des capitales proche-orientales, Damas et Téhéran comprises. C’est ce qu’avait recommandé en décembre le Groupe d’études sur l’Irak composé de personnalités républicaines et démocrates. C’est ce que le simple bon sens commanderait mais, en se refusant à l’envisager, Georges Bush ne fait que reculer et compliquer cette échéance que les Etats-Unis devront finir par aborder mais après de nouveaux revers. Il n’y avait qu’une demi ligne encourageante dans ce discours, celle par laquelle Georges Bush a confirmé que sa secrétaire d’Etat était en partance pour la région afin d’aider à relancer le dialogue israélo-palestinien. C’est une bonne chose mais bien insuffisante.

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