Entre Ramallah et Jerusalem, il s’est passé, hier, quelque chose de simplement fondamental. Après avoir été le premier Président américain à se rendre dans la ville où siège l’Autorité palestinienne, dans l'actuelle capitale de la Palestine en devenir, Georges Bush est revenu à Jérusalem, capitale d’Israël, pour y prononcer une phrase dont on ne saurait sous-estimer l’importance. « Un accord – un accord de paix israélo-palestinien, voulait-il dire – doit stipuler, a-t-il déclaré, qu’il y aura une fin à l’occupation qui a commencé en 1967 ». C’est bref, concis, précis et cela signifie qu’aux yeux des Etats-Unis Israël doit se retirer non seulement de Gaza, ce qui est déjà fait, mais aussi de la Cisjordanie et également de Jérusalem-est, de l’ensemble, donc, des Territoires qu’ils ont occupés à la suite de la guerre de 67. C’est une bombe et comment ont réagi Israéliens et Palestiniens ? Le porte-parole du Président palestinien a qualifié cette déclaration de « premier pas vers une paix réelle » et ajouté : « Israël doit comprendre que l’occupation est illégale ». Quant aux Israéliens, l’un de leurs hauts responsables a jugé, sous couvert d’anonymat, que cette phrase de Georges Bush offrait « une solution qui conviendrait à Israël », autrement dit qu’Israël acceptait le principe au moins – on verra ensuite – de ce retrait. Aussi spectaculaire qu’elle soit, cette déclaration de Georges Bush ne fait que confirmer et refléter une évolution ancienne, un complet changement de donne régional qui a fait converger la direction palestinienne, Israël, les régimes arabes et les Etats-Unis dans l’idée qu’il fallait désormais régler ce conflit au plus vite pour priver l’islamisme sunnite et le régime chiite iranien du premier terreau, non pas le seul mais le principal, sur lequel prospère leur influence. Sensible depuis les morts qui ont suivi les attentats du 11 septembre, cette évolution a été précipitée par la prise de contrôle de Gaza par le Hamas qui a autant inquiété la direction palestinienne et les pays arabes qu’Israël et les Etats-Unis. Les ballons d’essai israéliens sur un partage de Jérusalem se sont multipliés depuis septembre. Vendredi dernier (on en parlait lundi à ce micro), le Premier ministre israélien, Ehud Olmert, expliquait dans un quotidien israélien, à destination de son opinion publique, que les amis les plus proches d’Israël parlaient de son avenir en termes de frontières de 67 et de partage de Jérusalem. Il laissait alors clairement voir qu’il acceptait cette perspective dont la concrétisation passerait, comme l’a dit Georges Bush, hier, par des « ajustements » territoriaux, des échanges de territoire pour tenir compte des plus grandes colonies. Tout reste à faire. Absolument rien n’est joué mais la donne a tellement changé que le Hamas, comme s’il ne voulait pas rater le train, vient de se déclarer disposé, dans une lettre à Nicolas Sarkozy, à « coopérer à tous les efforts internationaux pour garantir la stabilité de la région ».

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