Ce n’est pas l’opposition qui le dit. C’est un rapport parlementaire, présenté, hier, aux députés iraniens qui accuse, noir sur blanc, l’ancien procureur de Téhéran, aujourd’hui procureur général adjoint, d’avoir personnellement ordonné, quatre jours durant et contre l’avis des autorités pénitentiaires, l’incarcération de plus de 145 manifestants dans une cellule de 70 m2 de la prison de Kahrizak, un centre de détention de la capitale, fermé depuis. Trois de ces manifestants en étaient morts et leur décès est attribuable, indique le rapport, à « de mauvaises conditions sanitaires, une alimentation inadaptée, la chaleur, le manque de ventilation » et, également à des « agressions physiques » dont la nature n’est pas précisée. Dominé par l’aile modérée des conservateurs, le Parlement iranien, continue de se démarquer ainsi du camp des ultras et de leur chef de file, Mahmoud Ahmadinejad, le président de la République, et la présentation de ce rapport ne doit rien au hasard. Deux fois repoussée, elle est intervenue au lendemain même d’un discours télévisé du Guide suprême qui, recevant des religieux de la ville sainte de Qom, avait lui-même pris ses distances avec la répression. Après avoir très classiquement commencé par appeler le législatif, l’exécutif et le judiciaire à « faire leur devoir jusqu’au bout contre les corrompus et les émeutiers », Ali Khamenei, premier personnage du régime, s’est soudain lancé, samedi, dans une analyse beaucoup moins attendue de la crise, la comparant à l’un des grands moments de « discorde » de l’histoire musulmane. Comme alors, a-t-il expliqué, le juste et l’injuste sont difficiles à discerner, les gens peuvent s’y tromper et il faut leur laisser le temps d’y voir clair et de ne pas agir arbitrairement. « Tout doit se dérouler dans le cadre de la loi et chacun doit se retenir de vouloir prendre les choses en main », a-t-il dit à ses partisans avant d’ajouter que la population attendait de la stabilité et des progrès économiques, que les puissances hostiles pouvaient utiliser la crise à leur profit et qu’un manque de doigté dans le traitement de cette discorde pourrait nuire à la République islamique. C’était un clair rappel à l’ordre des ultras, un appel à mieux gérer le pays qui s’adressait directement à Mahmoud Ahmadinejad et l’expression, aussi, d’une préoccupation, de la crainte que d’éventuelles sanctions économiques internationales ne menacent le régime en aggravant les difficultés sociales. Le Guide suprême iranien a voulu, samedi, faire baisser la tension en se repositionnant au centre, en arbitre entre les Gardiens de la révolution et le reste du pays. Dès dimanche, le président du Parlement, grande figure des conservateurs modérés, s’appuyait sur ce discours pour appeler à la modération et au sérieux dans la conduite économique du pays avant de faire présenter ce rapport sur les morts de la prison de Kahrizak, véritable mise en accusation des ultras. Le pouvoir iranien est plus divisé que jamais et son chef suprême, en proie au doute.

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