La France, l’Europe et les Etats-Unis prennent leurs distances. Devant la violence de la répression contre les jeunes manifestants tunisiens, plus de trente morts, ce week-end, tués à balles réelles, l’ensemble des Occidentaux rompent avec l’absolue bienveillance qu’ils avaient jusqu’à présent marquée au président Ben Ali. Avec une prudente retenue mais tout de même, le ministère français des Affaires étrangères a « déploré » hier ces violences en estimant que « seul le dialogue permettra à la Tunisie de surmonter ses problèmes économiques et sociaux ». Nettement plus ferme, la chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, a fait dire, elle, que l’Union appelait à la « retenue dans le recours à la force », au « respect des libertés fondamentales » et à « la libération immédiate » des personnes incarcérées pour avoir « manifesté pacifiquement ». Alors que l’Union négocie en ce moment un renforcement de ses liens bilatéraux avec la Tunisie, Mme Ashton a fait ajouter que « le renforcement de cette relation requérait des engagements accrus dans le domaine des droits de l’homme et, parallèlement, la réprobation exprimée par Washington a été jugée suffisamment claire par Zine El Abidine Ben Ali pour qu’il ait convoqué l’ambassadeur américain. Concerté ou pas, il s’agit, là, d’un tir groupé dont la signification est sans ambiguïté. Tout laisse à voir, premièrement, que les Occidentaux ne jugent plus possible de tabler sur ce président qui fait tirer dans les foules, promet de créer 350 000 emplois en deux ans et ferme écoles et universités pour une durée indéterminée. Après bientôt un mois de manifestations ininterrompues, ce régime parait trop affaibli, aux abois peut-être, en plein désarroi certainement, pour que l’Europe et les Etats-Unis continuent de mettre tous leurs oeufs dans le même panier. La realpolitik joue, là, en faveur des droits de l’homme mais, bien au-delà de la raison d’Etat, un autre élément pèse dans cette évolution. A aucun moment ces manifestations tunisiennes n’ont dépassé le cadre des revendications sociales pour basculer dans les slogans islamistes. Mieux encore, ce sont les réseaux sociaux, Facebook et autres, qui ont joué un rôle fondamental dans ces mobilisations de jeunes diplômés sans emploi. Ces manifestants se sont plus montrés à l’aise dans ces réseaux occidentaux que prompts à appeler au djihad et le même phénomène s’est produit en Algérie. Là-bas, dans ce pays où les islamistes avaient été tellement forts et influents dans les années 90, c’est une nouvelle génération protestataire qui est descendue dans les rues la semaine dernière. Grandis dans la sauvagerie meurtrière de la décennie sanglante, les manifestants algériens étaient plus visiblement plus influencés par internet et les chaînes satellitaires que par le FIS dont le N°2, Ali Belhadj, a été fort mal accueilli à Bab-el-Oued alors qu’il tentait de s’y faire acclamer. La menace islamiste semble aujourd’hui s’être beaucoup réduite en Algérie comme en Tunisie et, avec elle, s’amenuise la première raison du soutien occidental aux dirigeants de ces pays. Il n’y a pas motif à s’en plaindre.

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